par admin

La chronique anachronique d’Hubert de Champris

avril 30, 2017 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

Michele Juin

Michèle Juin, Le christianisme : une pensée puissante d’après Claude Tresmontant, L’Harmattan, 192 p., 19,50 €.

Yves Tourenne

Yves Tourenne, Les conditions fondamentales de la prière, préface de Mgr Marc Aillet, Artège/Lethielleux, 244 p., 18,50 € ;

Thomas d’Aquin relatait une apparition du Christ lui disant : «Tu as bien écrit de moi. » Ce qui était une matière de lui accorder l’imprimatur, de garantir l’orthodoxie de son herméneutique, de donner à sa Somme le statut d’une pensée officielle de l’Eglise alors que tant d’autres ne sauraient se voir accorder tout au plus que celui de philosophie religieuse officieuse, spécieuse voire vicieuse.

A l’épreuve (et d’abord celles vécues par Tresmontant lui-même), il semble bien que l’on puisse accorder à la pensée de Claude Tresmontant un crédit comparable à celui dont doivent bénéficier un Cardinal Journet, un Louis Bouyer voire un Jean Guitton, et, plus près de nous, un Pierre Magnard, fusse pour nuancer l’intensité de l’imprégnation hébraïque dans le corpus catholique éternel, et ce, en comparaison et opposition aux considérations grises et très peu grisantes de certains hauts ou bas prélats – certains représentant leur ordre dans une éminente compagnie – dont la tiédeur chrétienne toute éloignée de la pensée de l’Eglise est proportionnelle à leur vindicte de classes. Ceux-là, s’ils daignaient lire un métaphysicien hébraïsant de la veine de Tresmontant, en prendraient de la graine, celle qui laisse éclore la droite pensée de l’Eglise de Rome, celle, nous démontre notre théologien, qui est non seulement fidèle et conforme à ce que le rabbi Jésus a voulu nous dire[1], mais qui en est la forme visible et terrestre.

Qualifier de réalisme intégral la vision globale de Tresmontant est ainsi philosophiquement exact puisque, relativement à la Querelle des Universaux, éternellement actuelle, l’auteur doit clairement être situé parmi les réalistes.

De ce point de départ métaphysique découlent les constats suivants et, en premier lieu, celui-ci : si de métaphysique s’agit-il, il convient en parallèle de s’intéresser et de tenir compte de ce que nous enseignent les sciences de la nature, les sciences physiques. Non seulement ne contredisent-elles pas le dépôt de la foi mais, au contraire, tendent-elles de plus en plus au cours de leurs développements contemporains, à le consolider.

Cette foi n’est pas celle du fidéisme, d’un confiance aveugle indépendante de la raison : elle peut être expérimenter.

Ce réalisme intégral signifie aussi qu’il soit considéré une fois pour toute que le christianisme orthodoxe incarné par ce que Tresmontant appelle la pensée de l’Eglise de Rome, elle-même fille et filiale de ce qu’il nomme aussi la pensée hébraïque biblique[2], sous-entend nécessairement qu’il soit distingué une univers créé dépendant de l’Incréé radical, à savoir le Dieu des monothéismes hébreu et chrétien, lequel, en cette dernière acception est uni selon des modalités précises de la Trinité au rabbi Jésus.

Ce réalisme intégral est aussi en un sens un idéalisme : rien de ce qui est qui n’ait été au préalable dans l’entendement de Dieu. L’univers visible et invisible est donc dépendant de Dieu.

L’enseignement du rabbi Jésus n’est pas une gnose qu’il s’agirait de décoder en faveur de quelques initiés. Elle est une information du genre humain et, même, de tous les autres genres (minéral, végétal, animal etc) qui semble devoir continuer jusqu’à la fin des temps. (Au reste, la science, en ces incessantes découvertes, le vérifie quasi au quotidien). Cette notion d’information concilie non pas le néo-darwinisme (qui est une idéologie) mais l’évolution (d’une création continuée) avec une vision simplifiée de la Création telle que l’offre le Livre de la Genèse.

La vérification de cet idéalisme divin s’inscrit donc en faux contre grosso modo le leitmotiv de la philosophie moderne et contemporaine telle qu’elle s’exprime à travers les conceptions relatives à la connaissance et à la morale de ses pontes : les Allemands Kant, Hegel et Heidegger. Consciemment adoptée par ses présumées élites, inconsciemment par les autres gens, il n’est pas exagéré d’écrire, nous dit en substance Tresmontant, que le monde actuel baigne dans l’hérésie en ce sens qu’il n’a pas compris (ou pas accepté) que l’information que déroule et développe le christianisme n’est que la christologie en acte, soit l’accomplissement à l’échelle de l’univers de l’union sans confusion des deux natures, humaine et divine, du Christ. L’homme est une créature qui a reçu l’ordre de devenir Dieu aime à dire l’Eglise orthodoxe, ce que Bergson, tresmontantien sans le savoir, soutenait également lorsqu’il écrivait que l’univers est « une machine à faire des dieux. »

Ecrit à vive allure, à la ponctuation erratique, d’un style parent de celui de son maître, l’ouvrage de Michèle Juin est pétri d’enthousiasme,- ce qui nous paraît étymologiquement indispensable pour le sujet, traité de non moindre manière, mais plus calmement, par cet autre dévot qu’est le Père Tourenne. ‘‘Dévot’’ n’est pas ici employé ironiquement puisque, dans son essai, Yves Tourenne nous montre que les résultats des analyses de Tresmontant correspondent précisément aux conditions de la réalisation d’une prière, vrai si ce n’est efficiente. Bien des prières jamais ne pourraient véritablement se dire telles si n’étaient pas réalisées des conditions, des présupposés d’ordre métaphysiques permettant qu’elles puissent en premier lieu être entendues, et, en second, être exaucées.

Le travail de Claude Tresmontant est de la veine de ces chercheurs, John Henry Newman, Bergson, Teilhard de Chardin etc : si l’on se remémore la pensée de Nietzsche qui disait ne croire qu’aux philosophes dont la pensée s’est écrite avec leur sang, nous pouvons dire que celui-là aussi  charrie  un sang du même sous-groupe humain.

Hubert de Champris

[1] Se reporter à toute l’œuvre de Pierre Perrier publiée par les éditions de Jubilé, en particulier, La transmission des Evangiles (coll. Guides Totus).

[2] http://cerclearistote.com/la-chronique-anachronique-dhubert-de-champris-nouveaux-genies-du-christianisme/

par admin

Vidéo de la conférence de Vincent Coussedière : « Requiem pour l’élection présidentielle »

avril 29, 2017 dans Nos vidéos, Vidéos, textes et ouvrages par admin

par admin

Pierre Yves Rougeyron : Curée de campagne 6

avril 26, 2017 dans Nos vidéos, Vidéos, textes et ouvrages par admin

par admin

« Grands enjeux de l’élection présidentielle en France : la gouvernance contre le peuple », par Diana Johnstone

avril 21, 2017 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

L’élection présidentielle française 2017 n’est pas une plaisanterie. Il s’y dessine un conflit lourd de  conséquences entre deux conceptions radicalement opposées de la vie politique. D’une part, la « gouvernance », qui signifie l’administration de la société par une élite cooptée, sur le modèle des sociétés commerciales. D’autre part, le système traditionnel appelé « démocratie, » qui signifie que le peuple choisit ses dirigeants par des élections libres et loyales.

Historiquement, en France, les événements politiques ont tendance à caractériser des époques et à clarifier des dichotomies ; en l’occurrence, il s’agit de la distinction évanescente entre la gauche et la droite. Cette élection pourrait bien être un événement de cette sorte.

 Qu’est-ce que la gouvernance ?

Il est de plus en plus clair que le pouvoir des élites transatlantiques a décidé depuis longtemps que la démocratie représentative traditionnelle n’est plus adaptée à un monde globalisé fondé sur la libre circulation du capital. En revanche, son modèle favori est « la gouvernance », terme emprunté au  monde des affaires, et qui se rapporte à la bonne gestions de  de grandes entreprises accordées dans la poursuite d’un objectif unique et visant à une efficacité maximale. Cette origine est évidente en bien des aspects de la gouvernance politique : unanimité obligatoire sur les « valeurs », renforcée par des médias organisés ; mise en œuvre de comités spécialisés pour fournir des suggestions sur des sujets délicats et rôle joué par la « société civile » ; recours à la psychologie et à la communication pour façonner l’opinion publique ; mise à l’écart des trublions et cooptation des leaders.

Ces traits caractérisent toujours davantage la vie politique de l’Ouest. Aux États-Unis, la transition de la démocratie à la gouvernance a été ménagée par le système bipartite, qui limite le choix des électeurs à deux candidats, sélectionnés et approuvés par les principaux actionnaires du business national, selon leur engagement à suivre le programme de la gouvernance. Tout cela fonctionnait gentiment, jusqu’à ce qu’Hillary Clinton, l’insurpassable favorite de !’élite tout entière, fut battue d’une choquante façon par un intrus non adoubé, Donald Trump. Si la réaction sans précédent de l’élite de la gouvernance montre combien elle est peu disposée à céder le pouvoir à un profane, la situation en France est encore plus claire. Trump représente à bien des égards un coup du sort, un loup solitaire, sans base populaire clairement définie et qui n’a, en l’état actuel, pas réussi à arracher le pouvoir à « l’État profond », demeuré loyal aux options de la  gouvernance occidentale. La situation aux États-Unis demeure donc incertaine, mais le renversement s’affirme, bien que difficile à définir : ressentiment populaire contre les gouvernants globalisants, spécialement en raison des inégalités économiques et du déclin du niveau de vie pour la majorité de la population.

Hillary Clinton a réellement choisi de faire usage du mot « gouvernance » pour décrire ses objectifs, en partenariat avec Goldman Sachs et d’autres représentants de la « société civile ». Toutefois, elle n’était pas un aussi pur produit du système globalisant que ne l’est le candidat français Emmanuel Macron.

La gouvernance personnifiée

La première façon d’éclairer le rôle assigné à Macron est tout simplement de jeter un œil sur les médias : les couvertures stéréotypées à l’infini des magazines, les boniments débités, les interviews sur des platitudes – et jamais un mot de critique (tandis que ses principaux rivaux sont systématiquement dénigrés) . En janvier, Foreign Policy, présentait Macron à ses lecteurs comme « l’anglophone germanophile, que l’Europe politique attend ».

Sa carrière professionnelle explique pourquoi les médias du courant dominant en Europe saluent Macron comme le messie.

Né à Amiens il n’y a que 39 ans, Emmanuel Macron a passé la plus grande partie de sa vie à l’école. Comme la plupart des dirigeants français il a été formé dans plusieurs des meilleures écoles de l’élite française,  mais non dans la meilleure (pour les connaisseurs : il a échoué à Normale Supérieure ; mais il a « fait » Sciences-po et l’ENA). Les médias US paraissent impressionnés de ce qu’en cours de route, il ait étudié la philosophie ; mais ce n’est pas une affaire en France.

En 2004 il a réussi au concours de l’Inspection Générale des Finances, l’un des corps qui ont fait la réputation du système français depuis Napoléon. Les Inspecteurs des finances ont la garantie de l’emploi à vie et sont choisis comme conseillers économiques des administrations ou du secteur privé. À l’Inspection Générale des Finances, il fut distingué par Jean-Pierre Jouyet, haut fonctionnaire dans la cinquantaine, aux relations très influentes, qui le recommanda à Jacques Attali, le plus spectaculaire gourou intellectuel des 35 dernières années qui ait régalé les gouvernements français successifs de ses visions futuristes (Jérusalem  capitale d’un futur gouvernement mondial, par exemple). En 2007 Attali coopte Macron dans sa super- élitiste « Commission pour la Libération de la Croissance », accréditée pour cornaquer la Présidence. Une étoile était née – une étoile du monde des affaires.

La commission Attali prépara une liste de 316 propositions explicitement dévolues à « instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance ». Dans ce contexte, « croissance » signifie,  naturellement, croissance des profits, par la réduction du coût du travail, la levée des barrières à la circulation du capital, la dérégulation. Les quarante membres de l’élite planifiant l’avenir de la France incluaient les présidents de la Deutsche Bank et de la firme suisse Nestlé. Ce qui fournissait au jeune Macron un très précieux carnet d’adresses.

En 2008, sur recommandation d’Attali, Macron fut engagé par la banque Rothschild à de hautes fonctions.  Les commissions consécutives à l’achat de Nestlé pour neuf milliards de dollars firent de Macron un millionnaire.

À quoi devait-il cette ascension qui, il y a deux siècles, aurait fait le sujet d’un roman de Balzac ? Il était « impressionnant » rappelle Attali. Il cheminait avec tout le monde et « ne contrariait personne ».

Alain Minc, une autre star experte en tout, le définit un jour comme ceci : Macron est chic, mais par-dessus tout il fait un bon banquier parce qu’il est « charmant » – une qualité nécessaire pour faire « un métier de putes ».

Macron est fameux pour ses maximes pleines de sagesse, comme  :

« Ce dont la France a besoin c’est de davantage de jeunes qui veulent devenir milliardaires ». Ou bien : « Qu’avons-nous à faire de programmes ? Ce qui compte c’est la vision. »

Ainsi Macron a-t-il lancé sa carrière sur la base de son charme et de sa « vision ». S’il a une vision claire, c’est certainement celle du chemin vers les sommets.

Formation de l’élite de la gouvernance

Ce chemin est pavé de contacts. Les membres de l’élite de la gouvernance opèrent par cooptation. Ils se reconnaissent les uns des autres, ils « se flairent entre eux », ils ont la même mentalité.

En ce moment, l’active police de la pensée est certes prompte à condamner les propos dénonçant la « gouvernance » comme des manifestations de la théorie du complot. Mais il n’y a pas de complot, parce que l’on n’en n’a pas besoin. Des gens qui pensent de la même façon agissent de concert, personne n’a à leur dire ce qu’ils ont à faire.

Ceux qui dénoncent toute allusion au « complot » paraissent croire que des gens qui possèdent un immense pouvoir, spécialement financier, ne se soucient pas d’en user. Ils préfèrent rester en retrait et disent « Au  peuple de décider » ; comme, par exemple, George Soros.

En réalité, ceux qui détiennent le pouvoir, non seulement l’utilisent mais sont convaincus qu’ils doivent l’utiliser, pour le bien de l’humanité et du monde entier. Ils savent les choses mieux que quiconque, pourquoi donc devraient-ils laisser les décisions capitales aux masses ignorantes ? C’est pourquoi David Rockefeller a fondé la commission trilatérale il y a 40 ans, pour étudier comment résoudre la difficulté d’un « excès de démocratie »

De nos jours, des idéologues amusent les masses par des considérations sur eux-mêmes ; leurs groupes d’appartenance identitaire, le genre auquel ils pourraient appartenir, qui trahit qui, et qui est-ce qu’il faut « haïr » pour crime de « haine ».

Et pendant ce temps-là, l’élite se rencontre, se concerte et décide du meilleur. .

Grâce à Jouyet, Macron fut coopté en 2007 dans un club appelé les Gracques (allusion à deux héros de l’histoire romaine) qui se consacre à étudier les « valeurs » découlant du rejet de l’État keynésien, impropre à la globalisation et au développement de l’Union européenne.

En 2011, il fut coopté dans le club de la Rotonde,  qui entreprit de conseiller au président Hollande d’administrer à la France un « choc de compétitivité »… favorisant l’investissement par l’allègement de la dépense publique et des coûts du travail.

En 2012, il fut accueilli au sein de la Fondation Franco-américaine, réputée pour sélectionner les « jeunes leaders » du futur.

En 2014, Macron a décroché le gros lot. Le 31 mai et le 1er juin de la même année, il fut associé à la réunion annuelle du Bilderberg à Copenhague. Ce rassemblement ultra-secret des architectes de la « gouvernance » a été fondé en 1954 par le prince Bernhard des Pays-Bas. Aucun journaliste n’est autorisé à assister aux réunions du Bilderberg, mais les barons de la presse y vont, pour s’entendre sur le consensus qui doit être répandu dans les masses.

Et les programmes Politiques ? Que sont-ils ?

Avec toutes ses accréditations, Macron s’imposa comme conseiller économique de François Hollande en qualité de ministre de l’Economie, des finances et de l’économie numérique, sous le premier ministre Manuel Valls, où il promut vigoureusement la maison Attali, sur  le prétexte de dynamiser « la croissance ». Entre autres choses, il inversa la politique de son prédécesseur en approuvant la vente à la General Electric d’un joyau de la couronne de l’industrie française, la branche énergie d’Alstom, dont dépend l’industrie nucléaire en France,

Ministre, Macron fut responsable des mesures les plus impopulaires de toute l’impopulaire présidence de Hollande. La loi dite « loi Macron » promouvant une dérégulation massive conforme aux directives de l’Union européenne, ne put obtenir l’approbation d’une  majorité au parlement, et dut être promulguée par  recours à l’article 49-3 de la Constitution, qui autorise le premier ministre à publier une loi sans vote.

Son exploit suivant fut plus voilé. Il élabora la « réforme » (c’est à dire le démantèlement partiel) de la loi française sur le travail, présentée au public sous le nom de la jeune ministre du Travail née au Maroc, Myriam El Khomri. Mme El Khomri n’avait pratiquement rien à voir avec « sa » loi, si ce n’est qu’elle prêtait son joli minois et son nom issu de la « diversité ethnique » à  une législation furieusement impopulaire, qui fit descendre dans la rue pendant plusieurs semaines des foules de travailleurs protestataires, éclater le parti socialiste et obligea le premier Ministre Manuel Valls à recourir une fois de plus, à l’article 49-3 pour promulguer cette loi.

Ici l’histoire devient presque comique. Les coups et le choc de Macron au sein du gouvernement Hollande/Valls, détruisant pratiquement le parti socialiste français, l’a laissé divisé et démoralisé. La voie lui est ouverte désormais pour apparaître en  champion héroïque du « futur », « ni à gauche ni à droite », de « la France des gagnants », dans son nouveau parti, « En marche » (ce qui peut signifier « toujours plus haut et vite »)

A présent, Macron s’est hissé au sommet des sondages, au coude à coude avec le coureur de tête Marine Le Pen, pour le premier tour du 23 avril  et, par conséquent, favori pour le tour décisif du 7 mai. Son charme, qui lui a valu une brillante carrière de banquier et la flagornerie des médias de masse, fait merveille  pour le porter à la présidence, par ses seuls appas  juvéniles.

Les Medias et le peuple

Comme jamais auparavant, la presse et la télévision, d’où la plupart des gens tirent leur information, sont devenues non seulement unanimes dans leurs choix et sans scrupules dans leurs procédés,  mais tyranniques pour condamner les sources d’information indépendantes, qu’elles taxent de  « trucage » et de « fausseté». On devrait les qualifier de « médias de formatage des esprits ». L’objectivité appartient désormais au passé.

Il y a onze candidats officiels au poste de président de la République. L’extravagante admiration des médias de formatage des esprits pour Macron leur fait traiter ses rivaux les plus sérieux comme des délinquants, jeter quelques os à ronger à ceux dont l’élimination est certaine et ignorer les autres. Appuyé par ces médias de formatage, Macron est le candidat d’une gouvernance autoritaire, contre tous les autres candidats et la démocratie française elle-même.

Traduit de l’anglais par Philippe Renoux et Yves Branca.

——————————————————————————————-

Source : Site Counterpunch, tell the facts, name the names, 31 mars 2017.)

 Diana Johnstone née en 1934, est une universitaire et journaliste américaine. Diplômée d’études slaves, elle a obtenu son doctorat à l’Université du Minnesota. Journaliste à l’Agence France Presse dans les années 1970, elle a séjourné en France, en Allemagne et en Italie, avant de s’installer définitivement à Paris en 1990. Ouvrages traduits en français :

  • La Croisade des fous : Yougoslavie, première guerre de la mondialisation, Le Temps des Cerises, 2005
  • Avec Stephen Lendmann et d’autres auteurs, Ukraine, le coup d’état fasciste orchestré par les Etats-Unis, article ‘Ukraine, nouveau rideau de fer » – édition Delga, Paris,2014 )
  • Hillary Clinton : La reine du chaos, Delga, 2016
par admin

Vidéo de la conférence d’Eric Delbecque et Christian Harbulot : « l’idéologie de l’impuissance française »

avril 20, 2017 dans Nos vidéos, Vidéos, textes et ouvrages par admin

par admin

Pierre Yves Rougeyron : Curée de campagne 5

avril 19, 2017 dans Nos vidéos, Vidéos, textes et ouvrages par admin

par admin

Vidéo de la conférence de Roland Hureaux : « D’une crise à l’autre : l’euro, la mondialisation, la France, l’Allemagne »

avril 19, 2017 dans Nos vidéos, Vidéos, textes et ouvrages par admin

par admin

Pierre Yves Rougeyron : Curée de campagne 4

avril 16, 2017 dans Nos vidéos, Vidéos, textes et ouvrages par admin

par admin

« Nos ancêtres les Arabes ? » par Jean-Gérard Lapacherie

avril 15, 2017 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

Nos ancetres les arabes

A propos du livre de Jean Pruvost, Nos ancêtres les Arabes. Ce que notre langue leur doit, Lattès, 2017

Le titre de ce livre parodie la formule « nos ancêtres les Gaulois » de l’historien républicain (et honoré par la IIIe République), Ernest Lavisse (1842-1922), que la doxa gauchiste et, en conséquence, l’auteur très engagé de Nos ancêtres les Arabes tiennent pour l’inventeur du très nauséabond roman national. D’ailleurs, dans l’introduction de son livre, Jean Pruvost prend pour cible Lavisse, non pas l’historien, qui avait une conception toute positiviste de l’histoire (critiquer ce positivisme est hors de portée d’un lexicologue), mais l’auteur de manuels scolaires intitulés Histoire de France et destinés aux élèves des différents cours (élémentaires, moyens, supérieurs) de l’école primaire d’alors. Dans le manuel du Cours élémentaire, Lavisse utilise une tout autre formule : « Autrefois, notre pays s’appelait La Gaule et les habitants les Gaulois. Notre pays a bien changé depuis lors et nous ne ressemblons plus guère à nos pères les Gaulois ». Rien dans ces lignes n’est exact et tout y est a-historique : c’est de la morale pour enfants de huit ans ou, comme on voudra, du formatage idéologique, grande spécialité de l’école actuelle, cette école du désastre, qu’a justement façonnée M. Pruvost et dont, dans cinquante ans, tout le monde se gaussera plus cruellement encore que M. Pruvost ne se gausse de l’école de la République. C’est dans un article d’un Dictionnaire pédagogique que Lavisse évoque « nos ancêtres gaulois » : « Faisons-leur [aux élèves de l’école primaire] aimer nos ancêtres gaulois et les forêts des druides ». Ces mots anodins deviennent le « ça qui sort en reptations lentes du ventre encore fécond de la Bête ». Il faut vraiment être sot pour asseoir sur des bases aussi tenues et fragiles une démonstration présentée comme solide et définitive. Peu importe. L’invention des ancêtres gaulois est une réponse que la gauche et les républicains ont opposée à partir de la première moitié du XIXe siècle aux certitudes qu’a assénées pendant des siècles la noblesse d’avoir pour ancêtres les Francs. Le courage a été de choisir comme ancêtres les vaincus pour combattre ceux qui croyaient descendre des vainqueurs ou de préférer les autochtones ou les indigènes, fussent-ils d’anciens vaincus, aux conquérants étrangers. Il est vrai qu’au XIXe siècle l’Histoire offrait une revanche inespérée aux descendants des vaincus. Que peut-on conclure de cela ? Rien : en tout cas, aucune des leçons qu’en tire M. Pruvost.

Quelle est sa thèse ? La langue française compte un nombre limité de mots (deux ou trois centaines) de la langue de ceux qui sont ou seraient les ancêtres des Français, c’est-à-dire de mots ayant leur origine dans les langues celtes qui ont été parlées sur les vastes territoires qui s’étendent à l’ouest du Rhin, alors que les mots arabes ou prétendument arabes ou que M. Pruvost affirme de façon aventurée être d’origine arabe sont beaucoup plus nombreux : « Que la langue arabe vienne en troisième position après l’anglais et l’italien [comprendre : parmi les langues auxquelles le français a emprunté son vocabulaire] a de quoi surprendre [M. Pruvost veut sans doute écrire étonner] ». Certes. Mais M. Pruvost dissimule deux faits majeurs. On comprend pourquoi : ils infirment sa thèse.

Le premier fait se rapporte à ce dont est faite une langue. Le lexique (mais une langue ne se ramène pas au seul lexique) ne comprend pas seulement les mots que recense M. Pruvost. En français, il y en aurait environ cent mille : sans doute davantage. Mais le français compte aussi des millions de noms, propres à des réalités singulières et uniques : noms de villes et de villages, de cours d’eau, de montagnes, de collines, de vallées, etc. dont beaucoup sont plus anciens que la langue française elle-même. Pour beaucoup, ce sont des mots celtes ou celto-ligures ou gaulois, comme on voudra. Or ce patrimoine, inscrit dans la langue, a été hérité, souvent sans que les Français en aient conscience ou s’en étonnent, des lointains ancêtres que les idéologues progressistes leur ont attribués. Le moins que l’on puisse en dire est que ces millions de noms propres ne doivent rien aux Arabes ou à la langue que ceux-ci, par le fer et le feu, ont imposée à des centaines de peuples divers…

Le second fait est que la plupart des mots dont M. Pruvost affirme de façon inconsidérée qu’ils sont arabes ou d’origine arabe sont d’une tout autre origine. La langue française les a empruntés à l’italien ou aux dialectes de l’Italie, dont le vénitien, au catalan, à l’espagnol, au grec byzantin, pas à l’arabe. Chacun d’ailleurs peut le vérifier en se reportant aux dictionnaires étymologiques ou à la rubrique Etymologie et histoire des entrées café, sucre, alcool, algèbre, orange, artichaut, zéro, aubergine, abricot, chiffre, algorithme, etc. du Trésor de la Langue française, que l’on peut consulter librement sur la Toile. Il suffit de taper sur le site ATILF le mot recherché dans la fenêtre idoine et de cliquer deux ou trois fois pour que la lumière de la connaissance dissipe les ombres de la prétendue science de M. Pruvost. Certes, ces langues ont emprunté ces mots à l’arabe, mais ce ne sont pas des mots arabes : les Arabes les ont empruntés à d’autres langues, au sanscrit, à l’égyptien, aux dialectes berbères, à l’araméen, au chaldéen, au persan, au grec byzantin et aux autres langues disparues ou en voie de disparition des peuples innombrables que les Arabes ont soumis par la force. A qui, sinon aux militants socialistes de chez Gauchiste and Co, peut-on sérieusement faire croire que les Arabes, les Arabes historiques, ceux de la Péninsule arabique, qui ont imposé leur langue à des centaines de millions d’êtres humains, cultivaient dans les sables et les pierres de leurs déserts les pastèques, le coton, les artichauts, les abricots, les oranges, le café, le sucre, etc. et que ces soudards analphabètes spécialisés dans les razzias se jouaient des équations au deuxième degré, etc. ? Qui peut gober une pareille fable : « Tous les domaines de l’existence […] rappellent les mots arabes que nous utilisons, qu’il s’agisse de la flore, de la faune, des parfums et bijoux, de l’habitat, des transports, de la guerre, des couleurs, des fêtes, de la musique, des lettres et des arts, des religions, etc. » ?

Le socialiste Pruvost fait de l’idéologie, comme le dévoilent les nous, notre, eux (leur) du titre. Qu’il fasse, à titre personnel, des Arabes ses ancêtres, libre à lui ; mais de grâce, qu’il épargne aux Français ses sottises idéologiques. De fait, l’idéologue qui gîte dans le linguistique entonne l’hymne, ressassé depuis des siècles par les dévots, de la grandeur inégalée et inégalable de la civilisation arabe, de ses découvertes, de ses inventions, des pas de géant qu’elle fait faire à l’humanité tout entière, sauf aux pays conquis et soumis, qui sont des ruines. Comment expliquer qu’avec des médecins aussi célèbres que ceux qu’auraient suscités la révélation coranique l’espérance moyenne de vie dans les pays conquis n’ait jamais progressé pendant des siècles et que la population des pays arabes ou des pays conquis par les Arabes ait diminué dans des proportions importantes ? Ces médecins savaient-ils autre chose que l’horoscope ou les remèdes de bonne femme ? Evidemment, les lecteurs de M. Pruvost ont droit à la modulation de la même chanson de geste : à Ibn Sinna, qui n’était pas arabe, et à Ibn Rouchy ou Averroès, le qadi de Cordoue qui appliquait férocement la loi islamique et condamnait sans pitié ni commisération des malheureux à la décapitation et des malheureuses à la lapidation. De la philosophie grecque, qu’il condamnait dans sa quasi totalité, Ibn Rouchdy ne retenait que les techniques formelles de la rhétorique et de la logique, qui ne contredisent en rien (et pour cause) des vérités coraniques. Les belles lumières que voilà ! M. Pruvost est le digne continuateur de MM. Bouvard et Pécuchet.

Avant d’exercer dans l’université, M. Pruvost a été nommé par le pouvoir politique de 1983 Inspecteur de l’Éducation nationale, puis il a dirigé un des ces sinistres IUFM mis en place par la « loi Jospin » du 14 juillet 1989, dont l’objectif affiché a été d’en finir avec l’école de la République, avec la connaissance, avec le savoir. Il compte donc parmi ces Assassins de l’Ecole que dénonce le livre d’une rédactrice en chef de L’Obs, Mme Carole Bourjon. C’est un pur idéologue et, comme les membres de cette caste, il ne prend aucune distance critique par rapport à son objet, il ne procède à aucun examen libre : il patauge dans la complaisance onctueuse. L’arabe est une langue de conquérants, la langue d’un vaste empire constitué par le fer, le feu, les assassinats, la terreur. Quelle grandeur à cela ? Dans quatre ou cinq siècles, il se trouvera des Pruvost qui démontreront la grandeur d’Al Qaïda ou du Djihad islamique ou de l’Etat islamique en se fondant sur des citations de leurs innombrables thuriféraires. Toutes les langues des pays que les Arabes ont conquis sont détruites ou disparaissent : c’est un vrai génocide linguistique. Or, il se trouve qu’un linguiste, tout confit en dévotion arabo-islamique, ne ressent aucune commisération pour ces langues effacées, alors qu’une des raisons d’être de l’activité linguistique est de sauver les langues menacées. Il est un phénomène langagier que la complaisance de M. Pruvost dissimule, à savoir les centaines de mots arabes qui sont en usage en français depuis quelques décennies : djihad, charia, imam, aïd, ramadan, Allah akbar, Coran, koufar, takfir, tabligh, Achoura, sourate, etc. sans parler des traductions malhonnêtes de mots arabes, tels que martyr pour désigner des tueurs, protégés pour désigner ceux qui sont contraints, pour rester en vie, de se soumettre à la loi islamique, etc. ou l’imposition du très valorisant musulman qui désigne un titre à la place du mot neutre mahométan, qui était un pur désignateur…

Au XIXe siècle, les républicains ont choisi parmi tous les ancêtres possibles, imaginaires ou réels, avérés ou fantasmés, les vaincus et les colonisés. Il y a plus de dignité à choisir comme ancêtres des vaincus plutôt que des vainqueurs et des autochtones qui ont perdu leur pays plutôt que des conquérants. Pruvost n’a pas cette dignité : lui, il choisit tout de go les conquérants arabes : toujours du côté du manche…  Ce compte rendu aurait donc été plus pertinent, s’il avait été intitulé, une parodie en appelant une autre, « Nos ancêtres les collabos ou ce que nous, socialos, nous devons aux collabos ». Il aurait assez bien résumé le tropisme actuel des média, du monde de la culture, de l’université, etc.

par admin

« La Guerre d’Espagne fantasmée de M. Preston » par Arnaud Imatz

avril 13, 2017 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

L’Anglais Paul Preston a récemment publié en France un livre consacré à la guerre d’Espagne, véritable condensé de manipulations, de semi-vérités et de mensonges.

Dès la lecture du titre, l’escroquerie saute aux yeux: en anglais, The Spanish Holocaust. Inquisition and Extermination in Twentieth Century Spain ; en espagnol, El Holocausto español : Odio y exterminio en la Guerra Civil y después ; en français : Une guerre d’extermination: Espagne 1936-1945. Troublé peut être par l’indécente trivialisation du terme « holocauste » et l’utilisation outrageusement commerciale qu’en a fait l’auteur dans les deux premières versions, l’éditeur parisien a préféré euphémiser la violence du titre, mais la charge idéologique sous-jacente reste la même. Il ne s’agit pas de comprendre, ni d’expliquer, mais de diaboliser et de marquer l’adversaire du sceau de l’infamie.

Une partialité stupéfiante

L’historien honnête et rigoureux s’efforce, sinon à l’objectivité, du moins à l’impartialité. Il essaie de maintenir une certaine distance avec son sujet ; il s’applique à ne pas passer sous silence les faits qui le gênent et s’attache à conserver un peu d’empathie pour ses adversaires. Infatigable pourvoyeur de démonologie pseudo-historique, Preston est toujours tendancieux et manichéen. En matière d’histoire des idées politiques, son ignorance est proprement consternante. Sa méconnaissance de la complexe réalité sociologique du monde rural espagnol n’est pas moins affligeante. Point de méthodologie chez lui, seulement une accumulation d’anecdotes, d’opinions, de témoignages et d’archives de seconde main, archiconnus, qui avalisent et confortent ses préjugés idéologiques.

Professeur d’histoire à la London School of Economics, Preston qualifie ses travaux de « scientifiques », de « recherche de la vérité » et jure de sa parfaite bonne foi. Mais lorsqu’il est contredit, il ne débat pas, il vitupère, il censure, il insulte dans la pure tradition tchekiste, kominternienne ou lyssenkiste. Preston ne se rattache pas à la prestigieuse lignée des historiens anglo-saxons de gauche, tels Raymond Carr, Gabriel Jackson, Burnett Bolloten ou le jeune Hugh Thomas, mais à celle, très partisane, des agents propagandistes du Front populaire, qu’ont été le communiste-marxiste Manuel Tuñon de Lara ou le pamphlétaire Herbert R. Southworth, son véritable maître.

Soutenu et encensé, pour des raisons exclusivement idéologiques, par les gouvernements socialistes de José Luis Rodriguez Zapatero, Preston incarne la régression méthodologique et historiographique qui s’est manifestée au lendemain de la très controversée Loi de mémoire historique (2007). Sa haine viscérale pour l’ensemble des droites et du centre droit espagnols n’a pas de limites. Tous ces secteurs politiques sont pour lui « violents », « putschistes » ou « fascistes », depuis les carlistes et les monarchistes de Renovación Española, jusqu’aux partis agrariens et au parti radical (et ses nombreux francs-maçons) en passant par la CEDA (Confédération espagnole des droites autonomes), sans oublier bien sûr la Phalange.

Les témoignages capitaux des libéraux-démocrates, Ortega y Gasset, Marañon, Perez de Ayala (les « Pères fondateurs de la République ») ou Unamuno, qui tous ont pris parti pour le camp national, ou encore celui de Salvador de Madariaga, qui a choisi l’exil dès le début du conflit, sont évidemment absents. Il en est bien sûr de même des propos ravageurs du grand historien Claudio Sanchez Albornoz, ministre de la République (1933) et président du conseil de la République en exil (1962-1971) : « Si nous avions gagné la guerre le communisme se serait installé en Espagne. On s’étonnera de lire que je ne désirais pas gagner la guerre civile, mais Azaña1 ne le souhaitait pas non plus, car nous aurions dû quitter l’Espagne » (déclaration à Luis Otero, Personas, nº 74, avril 1975).
Aux yeux de Preston, les droites et le centre droit constituent l’archétype du Mal absolu. Leurs responsables sont invariablement tenus pour de « féroces » et « cruels » pourvoyeurs de rhétoriques religieuses et raciales, qui justifient la violence, l’injustice et in-fine la destruction de la gauche. Lire les pages que Preston leur consacre, c’est plonger dans un monde de fous, de provocateurs, de sadiques féroces, dont l’unique objectif est d’assassiner, de violer, d’exploiter et d’humilier sexuellement les femmes. Pour compléter cet horrible tableau, Preston ne manque pas d’inventer un antisémitisme, un racisme et un anti-maçonnisme, obsessionnels et généralisés, qui n’ont de réalité que dans sa tête. À l’entendre, les chefs de la rébellion « considéraient le prolétariat comme une race inférieure qu’il fallait subjuguer par une violence soudaine et sans compromis » et la hiérarchie catholique n’avait d’autre ambition que « d’accumuler des richesses ». Les assassinats du monarchiste José Calvo Sotelo et du ministre radical Rafael Salazar Alonso, comme ceux des milliers de religieux et des dizaines de milliers de Républicains de droite et du centre, auraient été somme toute inévitables voire justifiés. Autre prétendue vérité majeure qu’il assène : « Les ouvrages sur le conflit espagnol et ses conséquences ont tendance à négliger le fait que l’effort des rebelles se fondait en amont sur un programme de massacre »… Tout le reste est à l’avenant…

La fable des éléments incontrôlés

Le contraste est frappant lorsque Preston décrit les mouvements de gauche. À l’exception partielle des anarchistes et des communistes du POUM, la connivence de l’auteur avec eux est totale. Leurs erreurs, leurs violences sont toujours minimisées ou occultées. Leurs objectifs ne sont jamais révolutionnaires, mais seulement de soulager la misère. Oscillant entre l’angélologie et l’humour macabre, Preston présente les représentants des gauches comme autant de champions de la démocratie et ose soutenir que le Front populaire, aux mains de marxistes révolutionnaires (des socialistes bolchevisés et des communistes staliniens), de putschistes jacobins (du style de Manuel Azaña), aidés des anarchistes de la CNT et de la FAI, a été victime d’une « violation » par les droites et le centre. Julian Besteiro, l’un des rares démocrates authentiques du parti socialiste, est l’objet d’une invraisemblable diatribe mais, à l’inverse, l’auteur fait l’apologie des figures sulfureuses que sont Dolores Ibarruri, La Pasionaria et Mikhaïl Koltsov, le journaliste-agitateur, agent du NKVD, chargé par Staline d’éliminer les communistes du POUM.
Sans surprise, Preston reprend le vieux refrain, sublimé par le Komintern, des responsables front-populistes des premiers jours de la guerre civile : le terrorisme de gauche a été « provoqué », il est « accidentel », « spontané », et jamais organisé par les partis et le gouvernement; les crimes de gauche les plus atroces ont été perpétrés par des « éléments incontrôlés », non pas par des bourreaux ou des tortionnaires ; les assassinats n’ont eu un caractère sadique qu’exceptionnellement et les Tribunaux populaires ont été dans l’ensemble « indulgents »…
Ignorant les acquis de sept décennies de recherche, sélectionnant à son gré les études récentes, manipulant les sources et les chiffres à sa guise, l’auteur affirme que la répression nationale a fait trois fois plus de victimes que celles du Front populaire et qu’on ne peut, qualitativement, comparer l’une et l’autre, traiter de la même manière « un violeur et une violée ».
Faute d’espace, il n’est pas possible de relever ici toutes les erreurs, toutes les distorsions et tous les amalgames simplistes dont regorge cet ouvrage. Je me limiterai donc à souligner la fausseté de ses deux thèses principales et à inviter le lecteur intéressé par le sujet à lire ou relire le dossier spécial de la NRH (1936-2006. La guerre d’Espagne, nº 25, juillet-août 2006) et l’ouvrage fondamental du meilleur spécialiste anglo-saxon, l’Américain Stanley Payne, La guerre d’Espagne. L’histoire face à la confusion mémorielle (Le Cerf, 2010).

La thèse de la violation et de la destruction délibérée de la République par les droites et le centre ne tient pas. Elle oublie tous les antécédents du putsch militaire de juillet 1936. Les deux premières années de la IIe République espagnole (1931-1933) ont été marquées par des violences et une altération constante de la légalité : des couvents, des églises et des bibliothèques ont été incendiés, la Loi de défense de la République a porté gravement atteinte aux libertés publiques, les trois insurrections anarchistes ont été suivies de répressions brutales, la Constitution a été délibérément violée… Au cours des deux années suivantes (1934-1935), les forces révolutionnaires socialo-marxistes se sont lancées à l’assaut de la République après que le peuple a donné le pouvoir à une coalition du centre (le parti radical du président du conseil Alejandro Lerroux) et de droite (la CEDA, parti libéral-conservateur de José María Gil-Robles). Les socialistes étaient d’ailleurs alors parfaitement logiques avec eux-mêmes puisque la République et la démocratie n’avaient pour eux qu’un caractère instrumental et n’étaient pas une fin en soi. Dans la dernière période de la République, après les élections contestables de février 1936 (les fraudes et les irrégularités du deuxième tour ont été, on le sait, nombreuses), les forces victorieuses ont engagé, dans la rue et à partir du gouvernement, un processus révolutionnaire. Le président de la République Niceto Alcala Zamora a été destitué, la Constitution définitivement liquidée, l’opposition marginalisée et exclue. « Durant les cent jours qui suivirent et qui précédèrent la guerre civile, écrit le président Alcala Zamora, la vague d’anarchie ne rencontra plus d’obstacle ».

Soulignons-le : ce n’est pas la guerre civile qui a détruit la démocratie espagnole ; la responsabilité de cette destruction incombe aux principaux chefs républicains qui n’ont pas été à la hauteur des circonstances et qui ont été incapables de maintenir l’ordre public. Le coup d’État militaire, mal organisé et en partie improvisé, a été un cuisant échec. Et c’est précisément cet échec qui est à l’origine directe de la guerre civile. Le coup de force s’inscrivait d’ailleurs dans une longue tradition de putschs, non pas conservateurs mais très majoritairement « progressistes », remontant au siècle précédent (pas moins de 33 coups d’État « progressistes » sur 35, de 1814 à 1884), ce que Preston ignore ou passe sous silence. Enfin la guerre d’Espagne n’a pas été une lutte entre démocrates et fascistes, comme le maintient l’historiographie communiste ou kominternienne, ni une croisade de reconquête (pour la civilisation occidentale et contre le communisme) comme le disaient les franquistes, mais une lutte sans merci entre deux Espagnes, l’une révolutionnaire et totalitaire et l’autre conservatrice et autoritaire.

Une accusation sans fondement sérieux

Seconde thèse extravagante au centre du livre de Preston, le prétendu « programme de massacre systématique ». Selon lui, les forces politiques de droite et du centre et l’armée d’Afrique avaient un plan d’ « extermination », d’« anéantissement », de « génocide » ou d’ « holocauste » (pour reprendre tous ses termes favoris) qui aurait été parfaitement établi. Mais l’auteur ne présente pas l’ombre d’une preuve. Mieux, les chiffres connus infirment totalement ses dires.

La guerre d’Espagne ne fit pas 400 000 morts comme le déclare Preston (une évaluation proche de celles de la presse soviétique d’il y a 50 ans). En réalité, il y eut un total de 160 000 morts au combat et de 140 000 victimes de la répression (60 000 sur le territoire du Front Populaire et 50 000 sur le territoire national, qui était de plus en plus vaste à l’inverse de celui du camp républicain ; mais à ce chiffre de 50 000, il faut ajouter, non pas 20 000 exécutions comme le dit Preston, mais 30 000 au lendemain du conflit).

À la fin de la guerre, la population de l’Espagne était de 25 millions. Parmi elle, environ 4 millions de personnes avaient participé au conflit dans le camp du Front populaire. 10% de ces 4 millions ont été arrêtées par les autorités franquistes et 30 000 ont été exécutées. La prétendue extermination planifiée s’élève donc à moins de 1% des opposants. Un chiffre très élevé, humainement insupportable, mais qui, en pourcentage, n’est pas comparable avec ceux des crimes commis par les régimes nazi, soviétique ou maoïste, pour ne rien dire du bilan des Khmers rouges ou du conflit rwandais… Proportionnellement à la population de Cuba, ce chiffre est sensiblement égal aux plus de 8000 exécutions de la révolution castriste.

Dans une recension dévastatrice de l’ouvrage de Preston (The Wall Street Journal, 13 avril 2012), le professeur Stanley Payne, écrit : « [Dans ce livre] il n’y a pas la moindre tentative de comparaison des atrocités commises en Espagne avec celles de n’importe quelles autres guerres civiles révolutionnaires du début du XXe siècle. Si Mr Preston avait pris la peine de faire son travail, il aurait vu, par exemple, que la répression menée par le gouvernement démocratique du parlement de Finlande en 1918 a été semblable à celle de l’Espagne […]. Le livre L’Holocauste espagnol est un exercice monumental […] mais qui reproduit bon nombre des plus anciens stéréotypes sur la guerre civile espagnole. Il doit être jugé comme un échec ». Grandguignolesque, ce livre n’honore pas l’Université de Londres et ne saurait ravir que les ignorants et les fanatiques.

Arnaud Imatz

Docteur d’État en sciences politiques, diplômé en droit et sciences économiques, Arnaud Imatz est membre correspondant de l’Académie royale d’histoire d’Espagne. Son dernier livre Droite-gauche : pour sortir de l’équivoque. Histoire des idées et des valeurs non conformistes du XIXe au XXIe siècle, est paru, en 2016, aux Éditions Pierre Guillaume de Roux.

Une version légèrement abrégée de cet article a été publiée dans La Nouvelle Revue d’Histoire, nº 89, mars-avril 2017. Nous remercions Philippe Conrad, directeur de la NRH, de nous avoir permis de mettre en ligne cette version un peu plus développée.

1) Manuel Azaña, président du gouvernement provisoire de la République d’octobre à décembre 1931, président du conseil des ministres de décembre 1931 à septembre 1933 et président de la République de mai 1936 à février 1939