« Un autre agenda derrière la PMA : vers le transhumanisme », par Henri Feng

La Procréation médicalement assistée avec tiers donneur arrive. A l’issue du premier conseil des ministres qui s’est tenu après la trêve d’été (le 21 août), le gouvernement a annoncé les étapes imposant la loi autorisant « la PMA pour toutes » sous le label « loi de bioéthique » : son examen à l’Assemblée nationale jusqu’au 24 septembre, lecture au Sénat jusqu’en 2020 et promulgation dans les deux mois qui suivront. Le plus étonnant, dans l’affaire, c’est la relative intégration de cette révolution copernicienne à l’échelle tant du vivant que de l’être humain, et ce, de la part d’un électorat, qui, au demeurant, était opposé et au PACS de 1999 et au « Mariage pour tous » de 2013. Par exemple, le vote Macron a fait un score détonant à Versailles aux élections européennes de mai dernier : 29,65%, face à la liste LR de François-Xavier Bellamy (pourtant conservateur en matière de mœurs), ne glanant que 27,66% des suffrages. La Macronie, ou la puissance du vote de classe.

Ainsi, la propagande ultra-progressiste peut battre son plein sans vergogne : un article publié sur le site du magazine trimestriel TÊTU (affilié à LGBT+), le 12 juin dernier, s’était appuyé sur les résultats d’un sondage réalisé par l’IFOP (le 11 juin) pour proclamer que « 64% des Français sont pour l’ouverture de la PMA pour les couples de femmes, et 66% pour les femmes célibataires. Surtout, 60% des Français sont favorables à ce que les frais engagés par les femmes seules et les couples de femmes lors d’une PMA soient pris en charge par l’Assurance Maladie dans des conditions identiques à celles qui prévalent aujourd’hui pour les couples hétérosexuels […] 68% des Français ont une bonne image d’une femme qui, dans un cadre réglementé, choisirait de porter l’enfant d’un couple en incapacité de procréer, sachant qu’elle ne porterait pas son propre embryon (Gestation pour autrui). 31% des Françaises se déclarent même prêtes à porter l’enfant d’une proche qui serait en incapacité de le faire » (article de Marion Chatelin). Voilà une communication bien rôdée qui prépare, lentement et sûrement, la population à l’acceptation de ces lois sociétales.  

Il en est de même du côté du gouvernement : le secrétaire d’Etat chargé de la jeunesse Gabriel Attal avait révélé, dès décembre 2018, son homosexualité ainsi que son souhait d’avoir un enfant par GPA, ceci non sans réaction contre Juan Branco qui avait, préalablement, dénoncé le couple que celui-ci formait avec Stéphane Séjourné – actuel député LREM au parlement européen – dans son brûlot anti-macronien, Crépuscule. Curieusement, ces propos résonnaient avec les positions sur la GPA de Marc-Olivier Fogiel (récemment nommé Directeur général de la chaine d’information en continu BFM TV) assumées via son livre témoignage, Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? (paru en octobre 2018). Celui que le marigot audiovisuel appelle « Marc-O » y décrit par le menu les procédés qu’il a appliqués pour faire concevoir ses deux filles par GPA. Il obtint même la Une de l’hebdomadaire Paris Match dont le titre était « Ma famille, mon combat »/ « Avec François [l’époux], Mila et Lily [les deux filles], on a droit au bonheur » : une belle prise d’otage émotionnelle dont est passé maître le magazine qui ne jure que par « le poids des mots, le choc des photos ». Toujours est-il que Marc-O a accompli le marathon suivant : don des ovocytes par une femme soigneusement choisie, don des spermatozoïdes (par un membre du couple d’hommes, par exemple) et mise à disposition d’une autre femme, la mère porteuse.

Visiblement, là où tout est achetable et jetable, le droit est amené à se conformer à l’épaisseur du portefeuille. En somme, la course à l’échalote égalitariste ne pourra qu’aboutir à « la GPA pour tous », c’est-à-dire au droit à l’enfant « tel que JE le choisirai ». A l’évidence, le principe de plaisir ne fait plus qu’un avec celui de réalité. Autrement dit, l’homme moderne, après avoir méticuleusement extrait la sexualité de l’amour, a extrait la procréation de la sexualité. Mais, dans un climat exagérément environnementaliste, ne serait-il pas paradoxal, voire baroque, de célébrer la production des êtres humains ? Car la main déconstructiviste fait bel et bien en sorte que la culture efface la nature. En effet, les nouveaux gourous du genre humain, les pionniers de la Silicon Valley, ne cherchent pas à masquer leurs forfaits à l’endroit des Anciens qui ont témoigné des constantes de la condition humaine. Une fois que les vieilles structures anthropologiques seront effacées, la génétique et la robotique n’auront plus qu’à s épouser au nom d’un technoscientisme dont les dérives avaient, pourtant, été tragiquement réalisées par les totalitarismes du XXème siècle. De fait, une nouvelle ère commence, celle, en l’occurrence, d’un Ray Kurzweil (né en 1948), dans « The Singularity is Near: When Humans Transcend biology », « La Singularité est proche: quand l’homme transcende la biologie », publié en France, en 2005, sous le titre Humanité 2.0 : La Bible du changement.

Manifestement, l’homme-objet serait plus fort que l’animal-homme. Comble du paradoxe : au nom des valeurs humanistes et égalitaires – valeurs non moins libérales –, les technosciences instaurent leurs propres lois. Dès la fin du XIXème siècle, au moment où la révolution industrielle livrait déjà ses méfaits, Friedrich Nietzsche avait écrit dans Humain, trop humain : « Nous sommes d’un temps dont la civilisation est en danger d’être ruinée par ses moyens de civilisation ». Alors, est-il encore possible de réagir contre cette course effrénée vers la fin, non pas de l’homme comme concept, mais de l’humanité toute entière ? Ou, dans cette chronique tragique de l’immaturité contemporaine, devons-nous nous résoudre à entrer de plain-pied dans l’ère des enfants augmentés ?

Henri Feng

One thought on “« Un autre agenda derrière la PMA : vers le transhumanisme », par Henri Feng”

  1. anne-marie marson says:

    Bonjour, je suis d’accord avec cet article. C’est tragique.
    Ce qui me choque le plus dans cette loi, c’est le fait que cette PMA soit remboursée par la Sécurité Sociale, alors que dans la « nature » c’est gratuit.
    Nous devons tous payer pour le comportement déviant de quelques uns.
    Ce qui me choque aussi, c’est la sélection des gamètes, qui pourrait aboutir comme dans les cas de consanguinité à des idiots et non pas à un « homme augmenté ».
    Sur France 5 l’autre jour, un débat surréaliste ou un couple dont les deux membres étaient nés à la suite de dons de spermatozoides, avaient faits un test ADN avant de se marier pour être sûrs qu’ils n’avaient. pas le même. père.
    Tous ces tests ADN coutent très chers. La Sécurité Sociale devra-t-elle aussi les rembourser?
    La fin de l’humanité ne sera pas l’homme-robot mais le crétinisme.

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