La chronique anachronique de Hubert de Champris : « Foi du ‘Charbonnier’ et morale quantique »

Philippe Roux, Comment communiquer avec les défunts – Six méthodes innovantes pour se connecter avec l’au-delà. -, Guy Trédaniel éditeur, 368 p., 22,90 €.

Voilà maintenant près d’un demi-siècle, le voyant Marcel Forget, plus connu sous le nom de Belline, publiait chez Robert Laffont, La Troisième oreille, transcription de sa clairaudience avec son défunt fils, accidenté dans sa DS sur l’autoroute de l’Ouest. Belline racontait que, lors de l’achat de la voiture par son fils, résonnait dans sa tête DS…détresse. Cet entretien avec l’Invisible était assorti d’autres échanges, terrestres ceux-là, avec des savants et autres sommités plus ou moins ouvertes à ces choses, comme on dit. On se souvient également de feu Jean Prieur, décédé il y a deux ans à l’âge de 102 ans et qui avait lui aussi beaucoup publié chez ce même éditeur le fruit de ses recherches sur l’au-delà, et, en particulier, sur ‘‘ l’âme’’ des animaux. Passé ce préambule, voici en vrac les notes émanant mêmement de notre cerveau droit et de de notre cerveau gauche à la fin de notre lecture tout à la fois passionnée, emphatique, distancée, dévote, nostalgique, projective, subjective, objective, critique, exhaustive, analytique, synthétique, historique, posée, ordonnée, convergente, divergente, synchronique et on en passe…

Il y a lieu de faire précéder ou succéder la lecture de l’essai de Philippe Roux par celle de ces témoignages et documents parus au même endroit…c’est-à-dire sur terre (dans le groupe G. Trédaniel) et, aussi, un peu au-delà, ceux d’Arlette Triolaire, de Labonté (ah ! ces noms Québécois toujours impayables) et Angey, d’Omer St-Onges, et, plus encore ceux de Laplane et de Jean Staune. Ces deux derniers, catholiques pratiquants dernièrement publiés chez Guy Trédaniel, complètent, éclairent, modèrent, incidemment adhèrent aux/les propos de bonne foi, si ce n’est de foi de Philippe Roux. Nos bons lecteurs auront déjà compris que toute la difficulté consiste en la mesure de cette indicence…ce qu’en termes imagées nous pourrions appeler la puissance, le degré d’adhésion du pneu à la route… Et : quelle est la voie/voix, quel est le temps et le revêtement, route sèche ou pneu pluie ?

  • Philippe Roux tout au long de son récit se pose les bonnes questions et, la plupart du temps, y répond exactement. Avec un recul de quarante ans, nous pouvons isoler, identifier les endroits dans le texte non pas de plus forte sincérité (parce que celle-ci est, en toutes hypothèses, indéniable et constante), mais de véracité, d’authenticité du constat, l’instant où le policier/enquêteur/profiler, qui entend le témoin, se forge son intime conviction fondée non certes pas seulement sur son intuition mais sur la littérature scientifique en la matière. Exemple p. 64 : la toute première intention d’un défunt se manifestant dans notre sphère est … la manifestation, l’expression essentielle de la vie…avec ce qu’elle comporte au premier chef : l’aspiration, la tension vers le bien, l’amour tout cours. On se souvient de la pensée du philosophe chrétien d’origine juive passée au catholicisme via le protestantisme, première personnalité à avoir aidé les dissidents soviétiques dans les années soixante : il y a une parenté entre la satisfaction et la mort. Le bonhomme repu qui a apaisé sa faim et qui ronfle ne désire plus rien. La vie est l’aspiration continue à plus d’être, et l’être de l’être, c’est l’amour. Il faut donc prendre au pied de la lettre …et de l’esprit de la lettre ce dont témoigne en première instance un trépassé qui vient à nous, qui vient en nous fusse fugacement : il n’est pas en survie (comme un malade dont on dit que le pronostic vital est en sursis) , il est en vie et dans une vie non pas moindre, non pas plus éthérée, plus ombrée et ombrageuses que sur terre. A cet égard, l’expression (maintenant peu usitée) de désincarnée semble matériellement erronée. Il existe une sorte de corporéité, de densité de chacun de nos défunts eux-mêmes et chacun bien individué, identifié, personne qui conserve sa personnalité. Ainsi va s’ébaucher tout au long de ces prochains siècles une physique, une biochimie de l’au-delà puis sa cartographie tout à la fois et nécessairement astrophysique, géographique, physique et métaphysique donc avant d’être aussi politologique, enfin, et enfin seulement religieuse. 
  • Bonne foi et foi avons-nous dit. S’exonère à ce stade de l’exploration des informations reçues dans le cadre d’états modifiés et augmentés de conscience obtenus par le biais des diverses techniques d’hypnose (surtout ladite hypnose spirituelle de régression) étudiées par Roux et commentées par leurs inventeurs et praticiens ce que nous appelons l’œcuménisme des limbes, sorte de syncrétisme, d’éclectisme où l’on parle plus de ‘guides’, d’anges et d’archanges, de ‘‘maîtres ascensionnés’’ (comme le Padre Pio), de mémoires akashiques voire, lorsqu’on n’est pas sûrs de la réalité de ces derniers, ou en compléments, d’inconscient collectif, d’égrégores, de champs morphogénétiques etc
  • Il est en somme dit qu’il est déduit expérimentalement de ces incursions supranaturelles accomplies grâce à certains de ces états modifiés de conscience le fait de la réincarnation et d’une philosophie, d’une morale qui lui est associée et que nous résumons quant à nous par l’acronyme APAU. L’Apau, c’est l’Agencement préalable absolu universel : tout a un sens, rien n’est absurde. Nous ignorons dans quelle mesure cette métaphysique globale rejoint/retrouve/recouvre/s’identifie/est compatible/confirme/infirme/tempère/s’oppose/s’insère/s’insinsue/falsifie/magnifie/conforte les principaux contenus doctrinaux de la foi judéo-chrétienne, et, en particulier du catholicisme romain.
  • Il faut garder à l’esprit 1/que nous ne sommes pas censés demeurés de purs esprits après la mort, 2/ que chaque religion ne jauge et ne juge de la véracité et de la vérité d’une information à caractère général perçue en état augmenté de conscience (et les apparitions mystiques ont lieu en cet état-là) que dans la mesure où celle-ci est conforme à sa doctrine déjà et (dit-elle) définitivement établie. Autrement dit, elles ne se satisfont pas d’acquérir la certitude, en un mot, qu’il y a bien « connexion avec l’Invisible », mais que le « connecté » transmet au médium une information qui n’est pas en opposition avec la doctrine déjà là, attendu que ce point doit, de droit, être considéré comme fondamental puisque, plus ou moins les doctrines religieuses en question s’affirment comme doctrine de salut ;
  • C’est ainsi que la position officielle de l’Eglise se résume en la prescription de s’interdire de rechercher le contact avec les défunts : cf. François-Marie Dermine, Vérité et mensonges sur l’au-delà, Cerf. Roux écrit : « Apparemment, les Evangiles n’évoquent nulle part qu’on puisse communiquer avec les morts ! » Mais l’Ancien Testament, oui…et nos Prophètes n’aiment pas cela. A contrario, d’autres ouvrages, pourtant d’obédience très chrétienne, envisage la chose, en citant même Reynald Roussel dont Philippe Roux apprendra que c’est la mystique Marthe Robin qui l’avait incité à exercer. Vous accompagnerez donc votre lecture de Roux de celle de Lucien Daly, Une autre Vie après la vie[1], éditions du Jubilé, tout en sachant que l’expérience, l’expérimentation ont permis de vérifier après coup la pertinence de la mise en garde de l’Eglise quant à 1/ l’effectivité du Malin, 2/la possibilité de son immixtion au cours d’un contact avec la dimension supranaturelle. Nous ajouterons que l’intelligence dudit malin est telle que la difficulté de la mise en évidence de son intervention est comparable à la mise en évidence des ondes gravitationnelles, prévues par Einstein, véhiculées depuis parfois plusieurs millions d’années-lumière (encore depuis un temps incommensurable pour la raison humaine) du fin fond de l’univers, parvenant sur terre et d’une dimension si infime (de l’ordre d’un millionième de micron) que seul le frémissement de deux rayons laser croisés peuvent capter l’existence de ladite onde à son passage. On connaît l’adage : la plus belle ruse du diable c’est de nous faire croire qu’il n’existe pas.
  • L’importance de la prise en compte des contenus doctrinaux résultant de la synthèse, de la méta-analyse des expériences d’états modifiés et augmentés de conscience atteint en hypnose est redoublée lorsqu’on saisit que certes il émane d’elle une doctrine générale établissant – semble-t-il – le principe de la réincarnation (assortie de l’APAU – cf. ci-dessus) mais que certaines expériences semblent valider d’un trait, d’un coup la doctrine chrétienne, voire la réalité de la Trinité (1). C’est dire, comme dirait ma concierge que ce n’est pas demain la veille qu’on aura le fin mot de la fin, qu’on ne sait plus – si l’on marivaude trop de croyances en croyances – à quels saints se vouer mais encore et surtout qu’à travers des époques d’accalmies, de disputes voire de guerres, les combats doctrinaux non seulement directement religieux mais aussi politiques (car, en fait, figurent toujours à l’arrière-plan des grandes théories philosophico-politiques une anthropologie reposant ou non sur une aperception de Dieu ou, au contraire sur une amodiation voire une négation des réalités divines) vont s’alimenter voire s’abreuver et s’arrimer aux découvertes doctrinales révélées dans et par les expériences d’états modifiés et augmentés de conscience réalisées scientifiquement (du moins sous protocole scientifiquement validé) afin de, le cas échéant, s’en conforter de plus fort. Le problème, c’est que, comme nous l’avons vu plus haut, le cas n’échoit pas toujours et qu’à ce stade de notre exposé, la physique quantique, au motif de la conception de la liberté et du déterminisme qu’elle attribue aux particules sub-atomiques (intrication, réversibilité du temps etc), semble une piste sérieuse à explorer au cours des prochains siècles et millénaires pour tenter non pas de concilier mais d’unifier la morale universelle sous-jacente et telle que perçue au cœur de la doctrine de la réincarnation et les grandes vérités elles aussi perçues, vécues et enseignées  par les grands mystiques chrétiens. (Soit dit rien qu’en passant, la physique quantique fonctionne avec l’infiniment petit, pas avec l’infiniment grand ; on aspire déjà, dans un premier temps à unifier celle-ci avec la physique classique einsteinienne ; il s’agit alors rien de moins que de, dans un troisième temps, user des principes vérifiés de cette physique quantique et de voir s’ils ne seraient pas non plus à l’œuvre (et au ‘‘grand œuvre’’, certains seraient tentés d’écrire) dans l’économie morale divine (en fait et en un mot : le sens de la Création), Science ultime et Religion étant alors définitivement une. Autrement dit, ma bonne dame, à la fin des temps ;
  • Quoiqu’il en soit, Philippe Roux se pose les bonnes questions et apporte assurément une bonne réponse lorsqu’il dit et doit nous avoir convaincu qu’il y a effectivement au bout de la ligne une personne, une personne non seulement vivante mais encore intensément et (presque) viscéralement plus vivante que nous ne le sommes chacun d’entre nous en cet instant même ;
  • Comme la pratique nous montre qu’il faut souvent mâcher le travail, nous tenons à nous assurer que nos bons lecteurs ont donc compris le titre de cet article. La foi, c’est celle qui se dégage globalement de ce que perçoit la personne hypnotisée rencontrant un défunt. Charbonier est le patronyme de ce médecin-réanimateur qui a mis au point ces séances d’hypnose où les participants font l’expérience de ce qu’on nomme la TransCommunicationHypnotique. La « foi du Charbonier » s’appréhende comme un système qui, à l’instar de la foi du charbonnier, est intuitivement et simplement ressenti et non conceptualisé et rationalisé. Toutefois, la raison ne peut s’empêcher de tenir compte de ce qui a déjà été dit et écrit en matière de foi depuis la nuit des temps. C’est là un lourd et à vrai dire faramineux travail qui accapare, embrasse tous les domaines de la connaissance… science et conscience…et pas seulement celle en état modifiée.. !..non, notre simple conscience raisonnante ;
  • On a échafaudé ici des pistes… et n’avons pas le loisir, ici, de nous étendre sur l’intérêt et la valeur des diverses contributions contenues dans l’ouvrage, si ce n’est pour, d’ores et déjà, avancer que la plus instructive, la plus juste (dans le sens où on dit qu’une note de musique est juste) est tout bonnement celle de l’auteur principal, et la plus éloignée voire la plus hostile au sujet, celle de Pierre-Henri Garnier ;
  • On peut dans un premier temps pallier la difficulté voire le refus d’accepter pour argent (pour agent ?) comptant la vérité préétablie de la réincarnation en concevant l’hypnose spirituelle de régression comme thérapeutique et d’une spiritualité non préalablement formellement identifiée ‘‘réincarnationiste’’ ;
  • Nous devons distinguer le Philippe Roux, se découvrant – à bon droit, selon nos travaux -medium réceptif à des informations qu’il sait être de provenance personnelle supranaturelle intense (ces mots importent) et celui qui, à titre principal, en tant qu’hypnothérapeute, pratique des inductions de procédure conformes à la « pratique – spiritualité » dite « hypnose spirituelle de régression » (vers des vies antérieures) même s’il s’avère que les sujets hypnotisés disent pouvoir témoigner de contacts de ce type et d’une perception non moins effective (en ce que nous appelons un ‘‘ressenti conceptuel synthétique’’) de la physique, de la métaphysique et de la morale que nous avons résumées sous l’acronyme d’APAU ;
  • Nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas là de ce que les psychologues appelleraient un simple conflit de loyauté : celui d’un fidèle [que le langage courant impropre de notre époque désigne du nom de ‘‘croyant’’] tiraillé entre deux doctrines, entre deux obédiences dont il sait qu’en théorie et en pratique elles ne peuvent se concilier (et, en conséquence, s’admettre toutes deux ensemble et comme un ‘‘ensemble’’ cohérent) sous une pareille admission d’un « Dieu amour », ni ce ‘‘dieu’’, ni cet ‘‘amour’’ n’étant pareillement théorisés ici et là, ni, qui plus est, pareillement ‘‘ vécus’’ dans ce cadre-ci et dans ce cadre-là ;
  • On est là face à une grande difficulté qui n’est pas d’ordre seulement intellectuelle, beaucoup de connaisseurs pouvant en outre objecter que ce qui se déduit de la doctrine réincarnationiste se rattache souvent à l’immense et protéiforme courant gnostique. (Et, précisément, tout cela ne serait-il pas une de ses formes ?)
  • Usant d’une comparaison imagée, nous dirons que la plupart des standards de thérapies, d’expérimentations d’états de conscience modifiée (lesquelles vont du rêve à l’hypnose de régression en passant par l’EMDR-CIAM) attendent et doivent encore travailler à l’obtention, sous leur double aspect de pratique et de doctrine explicative et thérapeutique, de leur amm, de leur autorisation de mise sur le marché.

Convenons, en guise de conclusion provisoire, que, si cet article recèle plus d’a posteriori que d’a priori, ces expressions latines sont à l’image de ce qui est ici en jeu, à savoir, si ce n’est la vérité, pour le moins la question de la vérité, laquelle, mal à l’aise dans notre époque post-moderne, elle non plus, n’affectionne, guère le pluriel (cf. 139.)

Hubert de Champris


[1] http://cerclearistote.com/la-chronique-anachronique-de-hubert-de-champris-5/ et Patrick Theillier, Expériences de mort imminente, Artège

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