La chronique anachronique de Hubert de Champris

Paul Virilio, Vitesse, Carnets nord,128 p., 8,50 €.

Vir, virilité, Virilio, vitesse : Paul Virilio, sociologue d’une sociologie exempte de tous préjugés basiquement idéalistes ou progressistes, professeur d’architecture et urbaniste trépassé l’an passé, mais, avant tout, bon philosophe de la contre-sagesse si ce n’est de la folie très peu douce de la post-modernité, était ainsi prédisposé à traiter du sport contemporain et de ce qu’il croyait qui le caractérisa : être le condensé, le paradigme des traits pervers de notre époque, à savoir, vitesse échevelée, accélération, dromologie doctrinaire lesquelles, ajouterons-nous, conduisent à sa forme maladive, la dromomanie. Bref, Paul Virilio n’était pas un mondialisant béant, bêlant et béat et on comprend qu’un Alexandre Adler se soit plu à contester l’originalité de sa pensée et, surtout, le danger de ce qu’elle mettait en exergue.

On regrettera cependant que, voulant lier la forme au fond, l’auteur ou l’auteur, se soit cru tenu de ‘‘faire vite’’ en se contentant d’une centaine de pages pour, comme dirait ma concierge, aller aussi que la vitesse dont elles parlent. Un texte plus copieux mais non moins pertinent eut permis à Paul Virilio de prolonger sa vision prospective de l’avenir des sports et des gens en général vers ces pistes :

  • en neurologie et neuropsychologie : Lionel Naccache, neuro-scientiste, a pu montrer que la pensée urbaine trépidante et le mode de vie et l’idéologie qui lui correspondent sont en lien avec le fonctionnement du cerveau épileptique ;
  • en ce que nous appellerons la biologie sexuelle et, plus généralement, en anthropologie : à force de triturer les notions de base de la physiologie, la modernité se voit prise à son propre piège, contrainte qu’elle se voit ainsi de se reporter à des critères endocrinologiques pour, seulement déjà, tenter d’y voir clair dans ses règlements de compétitions sportives ; 
  • contrairement aux apparences, il semble qu’on s’achemine pas à pas, et dans toutes les disciplines sportives, à échéance de plusieurs siècles toutefois, vers une compénétration subtile mais substantielle de la féminité dans la virilité inhérente aux actes sportifs. (On a écrit compénétration, ce qui implique certes un mouvement à double-sens mais, aussi, d’une union sans fusion ni confusion, chacun des pôlesdemeurant distinct tout en s’harmonisant mutuellement, soit le triomphe de l’esthétisme.)

Laisser entrevoir un temps où le critique d’art, l’esthète ne pourra se séparer du commentateur sportif, un temps où l’artiste ne sera pas seulement vu comme un homme d’action mais se considérera lui-même comme tel physiquement ne sont pas les moindres qualités, pour ne pas dire le moindre charme de ce carnet valant bien des traités.

Hubert de Champris

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