La chronique anachronique de Hubert de Champris

Bernard de Fallois, Introduction à La Recherche du Temps Perdu, éditions de Fallois, 318 p., 18 €.

Bernard de Fallois, Sept conférences sur Marcel Proust, préface de Luc Fraisse, éditions de Fallois, 320 p., 20 €.

Jacques-Emile Blanche, Portrait de Marcel Proust en jeune homme, Bartillat, 128 p., 12 €.

L’éditeur et grand lettré que fut Bernard de Fallois n’appartenait certes pas à la race de ces « grands nerveux qui sont le sel de la terre ». Cet euphémisme doit-il laisser entendre qu’on ne peut bien parler que de ce qui vous ressemble, qu’il n’est pas nécessaire – et peut-être même inutile – d’avoir respiré et pensé dans le même et constant impressionnisme que celui dans lequel Proust a vécu pour le bien comprendre et restituer ? Non pas : notre remarque initiale doit être prise à rebours. Elle signifie d’une part qu’il existe un aspect dans l’œuvre de Marcel Proust qui ne participe pas de ce que nous appelons la sensibilité temporelle de l’entreprise (laquelle a, en première instance, pour maître et objet ce double de Dieu qui est le temps) ; d’autre part, que le côté taurien, terrien de notre analyste existe déjà chez l’analysé, que le Proust architecte, structurant, sportif, concret et les pieds dans la glaise entre en résonnance avec la psyché de l’agrégé de lettres. Il s’avère ainsi que la veine de Painter, d’Antoine Compagnon et de ses compagnons, d’un Rinaldi ne saurait suffire à épuiser le sujet Proust, ce qu’il y avait d’ambition, de construction acharnée, patiente et méthodique dans l’entreprise proustienne. Celle-là doit ainsi être envisagée comme une entreprise dans les multiples acceptions du terme. Un terme sans terme puisque, comme on le sait, la Recherche n’a, par définition, pas été achevée, nul ne pouvant mettre un point final à la narration du temps en raison de l’inexprimable saisie de sa durée bergsonienne sur laquelle butte avec tant d’élégance, de finesse, de pertinence et de beauté le phrasé proustien. 

Ces travaux jusqu’ici inédits de Bernard de Fallois, doctement présentés par le Professeur Luc Fraisse, constituent ainsi de notables et importants apports à la vaste glose dont, décennies après décennies, s’entoure l’œuvre de Proust. On notera qu’elle s’enrichit aussi du portrait littéraire du Proust jeune par le peintre Jacques-Emile Blanche, vous savez…le fils du fameux docteur Blanche…sa clinique… où fut soigné l’un de ces fameux nerveux, lui aussi nostalgique, lui vraiment amoureux de ces jeunes filles en fleurs qui rimeront toujours si bien avec leurs pleurs.Hubert de Champris

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