Recension du livre « Plaidoyer pour une peine capitale » de Gérard Guyon, par Enguerrand Dubh

Plaidoyer pour une peine capitale

Gérard Guyon est un professeur d’histoire du droit de la faculté de Bordeaux, qui nous offre ici un Plaidoyer pour une peine capitale (Dominique Martin Morin, 2015) Voilà un livre qui ne plaira pas au syndicat de la magistrature, toujours prêt à défendre les criminels contre les victimes qui osent réclamer justice.

En effet, Gérard Guyon trace une généalogie de l’abandon de la peine capitale qui remonte à la réduction de toute chose à l’homme, y compris le droit, qui n’est plus qu’un ensemble de normes faisant consensus, un devoir être détaché de tout être. C’est donc la vieille lutte entre positivisme juridique et jus naturalisme qui sert de toile de fond à cet essai.

Et ainsi, dans un monde prétendu sans Dieu ni dieux, il n’en reste plus qu’un qui n’avoue pas son nom, Mammon ou le veau d’or. Car il faut bien expliquer un paradoxe des sociétés occidentales eugénistes, qui ne rechignent pas à tuer des bébés dans le sein de leur mère – sous le sigle dédramatisant d’IVG – ou bien encore à euthanasier des vieillards (dont la famille peut hériter plus vite) ou des handicapés, comme on pique un chien ; mais où toutes les bonnes consciences morales poussent des cris d’orfraie à la simple idée d’exécuter un violeur, un pédophile ou un tueur sadique, voire anthropophage. C’est que l’enfant à naître, le vieillard ou le handicapé ne sont pas rentables, et donc sacrifiables sur l’autel du Moloch-argent, là où un criminel pervers en bonne santé, peut encore produire. L’apparent paradoxe d’une société eugéniste, inquiète de sa surpopulation s’explique par l’ultima ratio, l’argent. Homo œconomicus ne pense autrui qu’à travers son utilité.

C’est pour cela que toutes les excuses vont pouvoir être cherchées par le juge, devenu figure maternelle, protecteur des pauvres criminels, victime de la méchante société. Penser la responsabilité devient impossible, tabou, blasphématoire.

Gérard Guyon propose de prendre de la hauteur, de nous tourner vers la longue mémoire, de ne plus faire du droit une pure mécanique.

On peut rester hostile à la peine de mort, ne serait-ce qu’à cause du risque d’erreur judiciaire – puisque chaque innocent condamné est un coupable qui court toujours – mais il faut écouter les arguments de Gérard Guyon.

Et de toute façon, quelqu’un qui cite Michel Villey et Jean-Marc Trigeaud ne peut pas être foncièrement mauvais.

Enguerrand Dubh

3 thoughts on “Recension du livre « Plaidoyer pour une peine capitale » de Gérard Guyon, par Enguerrand Dubh”

  1. Adrien says:

    Merci pour cette présentation.

    Un titre sulfureux qui risque de s’attirer beaucoup de mépris.
    Cette question essentielle, je ne pense pas que la population encore revêche ne l’entende de la même façon que ses dirigeants (et/ou gestionnaires).

    Mais est-il sage d’invoquer mammon là où il y a une déviance à la fois morale et logique ? Une société même profondément déchristianisée ne refusera-t-elle pas systématiquement de voir des idéologies occultes à l’oeuvre ?

    Je grossis peut être le trait, mais ne serait-ce qu’aborder le thème de ‘l’homme au centre de toutes choses’, c’est entrer dans l’arène de l’eschatologie. Or aujourd’hui, qui prend encore ce domaine au sérieux ?

    S’il aborde la question sous cet angle spirituel, ce que la présentation laisserait entendre, l’auteur ne se tirerait-il pas une balle dans le pied en rejetant de facto du débat les matérialistes les plus intégristes ? (le gros de nos commensaux quoi)

    Comment discuter sérieusement avec ces gens là, voilà une question que je me pose souvent.

    Bien à vous

    A.

    1. Enguerrand Dubh says:

      Bonjour,

      vous soulevez en effet un point intéressant.

      La référence à Moloch, au veau d’or ou à Mammon est de mon propre fait.
      Mais Gérard Guyon s’inscrit dans une filiation intellectuelle chrétienne.

      Il explique le caractère insupportable pour nos contemporains de la peine de mort, justement par la vision du monde anthropocentrée. Pour combattre une idée, il faut remonter à sa source.

      En espérant avoir répondu.

      Bien à vous.

      Enguerrand Dubh

  2. Claude Courty says:

    «La peur de la mort n’a jamais empêché que s’exercent les plus grandes passions. Si cette peur opérait comme le prétendent les partisans du maintien de la peine de mort, l’humanité n’aurait pas connu autant de grands soldats ni de saints par exemple». Tels fut l’un des arguments de Robert Badinter requérant contre la peine de mort.
    Avec quelle facilité affligeante, un intellectuel d’une telle audience ne se laisse-t’il pas entraîner au pire amalgame ! Confondre la mort acceptée glorieusement pour la défense d’une cause ou d’un idéal avec celle subie comme une punition ou infligée en vue de l’élimination d’un individu nuisible et dangereux pour la société a de quoi faire réfléchir. N’est-ce pas accorder à la mauvaise action le statut d’un idéal, au même titre que faire le bien ? Ne faire aucune différence entre le bien et le mal ?

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