La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Éloge de la première muse »

9782738131270

« Le monde est musique incarnée tout autant que volonté incarnée. » Serait-il nécessaire de ressentir en tous ses viscères, d’éprouver au plus profond de ses fascias l’affirmation d’Arthur Schopenhauer pour, passant de la sensation à l’idée, en saisir tout le sel et tout le sens, puis, par là même, en qualité de simple lecteur, apprécier comme il se doit le propos de notre psychiatre et violoniste, cette dernière activité, il est vrai, plus que la première, ayant contribué à donner du poids, de la valeur à ce qu’il nous dit des diverses affectations, affections qu’entraînent et dont se nourrissent d’un même élan les divers genres musicaux ?

Le docteur Beuzen se fait ici historien de la musique, son éthologue et son étiologue. A l’instant se souvient-on des Bizet, Saint-Saëns, Massenet, Leoncavallo, Balakirev, Glinka, Fauré, Debussy, Liszt, Stravinsky, Chostakovitch, Respighi, Rossini, Chopin et de leurs tarentelles très latines, des vertus opératoires des opéras, de la quasi impossibilité de dissocier chez ce qui est pour nous la création, l’engendrement de la première (en tous cas de la plus ancestrale si l’on se réfère à l’impulsion, à l’énergie – à l’éner(gé)nie – à l’origine de l’univers, de sa toute-puissance, de sa grâce et de ses travers) des muses, à savoir (à sentir et ressentir) la musique, de dissocier, disions-nous ce qui relève, tant dans son avènement que dans ses effets, du normal et du pathologique. S’il en est ainsi – et c’est ce que sous-entend l’auteur en sous-titrant son essai, en asseyant la musique sur un trône – un drone dirait ma concierge qui, par nature, a l’inconscient de bon aloi – à mi-distance de deux vertus qui, elles-mêmes en leurs essences se conjuguent – c’est que la musique, tous genres et toutes époques confondues, à l’inverse des arts plastiques, de l’architecture et de la littérature, à la fois surplombe et infiltre tous ces arts et toutes ces sciences. Elle est la muse, le viatique vers leur appréhension la plus fidèle qui soit à l’échelle terrestre, elle est même cette sorte d’échelle de Jacob de secours à l’usage du mystique qui s’ignore.

Hormis la page 281 partiellement mal-fondée en l’un de ses remerciements, on dira que les éditions Odile Jacob ont publié là un ouvrage substantiel à l’orée de l’histoire musicale et de la psychologie. Le docteur Beuzen est un praticien qui joue. Il convient à présent que l’intendance suive, c’est-à-dire que notre auteur fasse résonner sa petite ou sa grande musique dans sa pratique.

Hubert de Champris

Jean-Noël Beuzen, La Musique, entre génie créateur et vertu thérapeutique, Odile Jacob, 287 p., 24,90 €.

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