La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Impressions et expression bibliques »

Alain Monestier

Alain Monestier, La genèse du féminin – Fécondité de l’esprit et pensée biblique, Salvator, 176 p.

Il y a deux manières d’entendre le mot ‘‘genèse’’ : en tant qu’instant, impulsion à l’origine d’une séquence, d’une ère etc, bref, d’un laps de temps t d’une certaine ampleur ; en tant que processus continué de création. Nous pouvons imaginer que, même sans en avoir conscience, l’auteur lui aussi, à l’écoute de la genèse, avec et sans majuscule, entend le même son de cloche, laquelle mène à Rome,- on veut dire : à l’Eglise catholique romaine via la pensée juive, riche illustration et vérification que nous devons nous considérer comme d’irréductibles judéo-chrétiens,- et, incidemment, simple question de civilisation.

En quelques phrases, que pourrions-nous dire d’un livre au demeurant important que nous n’avons pu entrevoir que par ouï-lire ?

  • qu’il y a comme un zeste de René Girard dans notre anthropologue puisque Monestier 1/ montre implicitement qu’on ne peut détacher le Nouveau Testament ô combien imprégné de la valeur féminine qu’est la compassion d’un Premier Testament lui-même féminin dans l’âme (en puissance) à défaut de l’être totalement en acte(s), le sacrifice sanglant de la croix nécessairement accompli au masculin (une mère ne peut sacrifier son enfant) manifestant au plein jour et par contraste la radieuse féminité de celle dont on pourrait dire en une expression qu’elle participa par son œuvre toute féminine et passive à la Rédemption, 2/ suggère le rôle éminent de l’Eglise ès qualités de garante et de gardienne de cette jonction, de cette complémentarité entre l’Ancien et le Nouveau Testament ;
  • qu’en dehors de cet aspect, Monestier suggère pareillement l’insuffisance relative de la définition de la vérité selon Thomas d’Aquin (adéquation de l’esprit à la chose), pensée thomiste qui est celle, certes non exclusive, de l’Eglise romaine ;
  • que nous paraît extrêmement novateur dans ce livre la démonstration de l’holisme quasi-parfait de la pensée hébraïque, laquelle semble la plus à même non seulement de comprendre (au sens cartésien du terme) la vérité, mais de la saisir, mieux : de s’en saisir. On dépasse là les Présocratiques et la conception heideggerienne de la vérité comme « dévoilement de l’être » ;
  • il se dégage donc du propos de Monestier une neuro-ethnologie, pour le moins une neuro-anthropologie déduite de l’herméneutique biblique.

Soit grosso modo : la pensée greco-romaine en partie reprise par la scolastique médiévale et l’Eglise mettant en branle un cerveau gauche prédominant avec son discours rationalisant et démonstratif ; la pensée et la culture chinoises où l’importance de l’englobant, du macrocosme tendrait à y impliquer le cerveau droit, le pompon revenant, vous l’avez compris, à la pensée juive, celle des premiers hébreux avec laquelle on rencontre la meilleure adéquation possible entre l’émetteur, le message et le récepteur, le contenant et le contenu, la forme et la matière. Soit, donc, la pensée qui court dans la Bible, en particulier dans son première volume, une pensée holistique où vous devez, lecteurs, comprendre que la partie est toujours exprimée avec le tout.

Le premier testament possède un mode de fonctionnement qui est le plus proche de ce que nous pouvons humainement appréhender être la pensée divine : le mode quantique.

Tel nous semble le palimpseste à découvrir sous le texte d’Alain Monestier.

Hubert de Champris

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