La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « A toutes fins… »

Un texte au goût de manifeste

Le nez sur le guidon – qui, en l’occurrence, a nom portables, iPhones, smartphones, tablettes et autres nouveaux jouets – nous cheminons tête baissée sans vraiment voir les immeubles qui nous entourent. En tous cas, nous ne les regardons pas. Pourtant sont-ce eux qui, les trois quart du temps nous gardent : que nous le voulions ou non, à moins d’explorer les dernières terres vierges de la planète, nous vivons entre quatre murs, un plancher et un plafond. Le cube et le cubisme sont notre environnement naturel ; enfin, nous voulons dire : notre environnement habituel, mais, de fait, très artificiel si l’on examine les matières, les matériaux qui le composent. L’étude des procédés de construction des biens immeubles et des habitats devrait en conséquence être une occupation de premier ordre de notre civilisation.

C’est ainsi que l’on comprend combien l’ « école des techniques et de l’économie de la construction » ne peut en notre époque que trouver un sens et un intérêt redoublés.

« Dans l’enseignement supérieur, sur la dernière décennie, 80% de la croissance du nombre d’étudiants est due au secteur privé [l’ex enseignement libre, autrement dit : sensément libre des préjugés étatiques du présent], perçu comme plus efficace que l’université »[1]. C’est là un motif supplémentaire pour argumenter sur le bien-fondé de cette perception par les étudiants et leurs parents. Pour ce faire, il faut en premier lieu revenir aux mots. Qu’est-ce que nous dit l’eco-t-e-c ?

Elle nous indique qu’elle forme à la bonne administration et gestion de l’acte de construire, qu’elle instruit de l’ensemble des faits relatifs à l’émanation et à la vie bonne dans l’habitat. Mais, c’est surtout la troisième acception du mot qui nous importe : elle dispense des disciplines semble-t-il nécessaire à la prescription et à la description des conditions permettant une harmonie entre les différentes fonctions générant une construction à destination d’habitation humaine.

L’agencement de ces différentes fonctions met en œuvre des techniques. Il implique un savoir-faire reposant sur la mise en œuvre de ces techniques : c’est indiquer par là que la technique engendre fatalement une esthétique ou…pour le moins une création qui sera de droit susceptible  d’un regard et d’un discours de ce registre… Il suggère aussi que l’on doive réhabiliter la technologie, laquelle ne doit pas être comprise comme l’ensemble des techniques ou, comme le voudrait le discours péjoratif dominant, comme l’emprise et l’empire de la technique sur toutes les autres composante du politique mais, seulement, comme le discours, la réflexion, – osons le mot – la science de la technique. La technologie doit, tant faire ce peut (et cette « possibilité » est certes difficile à faire admettre) ne plus être idéologique, mais objective, c’est-à-dire se fonder sur l’état des sciences exactes et des sciences humaines, lesquelles, au reste, ne sont pas fatalement les plus approximatives des sciences..!

On en déduira aisément que la technique et l’économie de la construction doivent réunir en leur sein bien des secteurs de la connaissance si elles veulent contribuer à la pleine formation de techniciens et d’ingénieurs se nourrissant (mais ne se nourrissant pas uniquement) d’équations et de plans d’architecte.

Ainsi débouche-t-on sur le constat de la nécessaire transversalité des enseignements et des matières enseignées, voire pratiquées dès le stade de l’enseignement et de la formation.  Physique et médecine des matériaux, droit (droit de la construction, des assurances, etc.), esthétique proprement dite et un chouia d’histoire de l’art par exemple(s) pourraient ou devraient être au(x) programme(s), programme dont nous pouvons à ce jour avoir déjà ne serait-ce qu’un aperçu en découvrant le nouveau master que l’ECOTEC peaufine en lien avec l’école des Ponts et Chaussées.

L’ECOTEC nous invite ainsi à revenir et à réfléchir à ses finalités propres qui militent, en particulier à travers l’institution de ce master, en faveur de la création, – autour de la construction et de toutes les dimensions de la Connaissance qu’elle implique de prendre en considération afin de parvenir au dernier acte de la construction qu’on appelle la garantie de parfait achèvement, à savoir l’ensemble de ces disciplines qui s’augmentent d’elles-mêmes années après années de leurs propres recherches et de celles de leurs disciplines connexes – d’une chaire aux collèges (d’Île)-de-France que nous situerions en bord de Seine, – en bord de la scène ensoleillée de ce vaste campus à l’américaine que le directeur général du groupe Essec programme à échéance pour le moment indéterminée et qui réunirait plus ou moins des 27000 étudiants qui suivent un cursus (Essec, Université de Cergy-Pontoise …) dans l’agglomération de cette ancienne ville nouvelle.

Ainsi, réexaminer les mots, nos intitulés pour ressaisir l’objet de nos enseignements et formations de plus en plus en liens serrés et financiers avec les entreprises. Ainsi, se projeter –  même si le bien-fondé du distinguo échappe à nombre d’entre nos lecteurs – non dans le futur mais dans l’avenir (l’à-venir) pour comprendre que la science et l’économie de la construction progressivement ( ?) vont s’analyser comme l’art de la mise en relation, de l’introduction réfléchie, méthodique de la vie dans nos intérieurs. Du beau béton, mais pas seulement, du bois, de la roche, du beau bois mais pas réservés aux bobos[2], de la végétation si elle peut aider à la vivacité de nos amygdales, celles de notre gorge, et celle de notre cerveau : si ce sont la vie, l’air et la lumière naturelle qui doivent de plus en plus entrer dans nos intérieurs, alors doivent en parallèle entrer dans le champ des études l’identification des xénobiotiques et leur éradication

Ainsi, se projeter dans l’avenir. Mais on lance d’autant plus loin sa flèche qu’on aura bandé son arc, retourné sur ses pas. Qui d’entre nous songe au lieu où il vit, où il travaille. Sise rue des Béguines, l’Ecotec prend-t-elle ses assises sur un ancien béguinage ? Il faut imaginer Pontoise à la fin du Moyen-Âge. Ou à la fin des temps pompidoliens. En 1974, la ligne A du RER, après ceux de Nanterre, débarquaient, un peu cafardeux, des étudiants de l’Essec qui auraient préféré demeurer à Paris. On accédait aux bâtiments les pieds dans la gadoue et en escaladant des passerelles en bois. Alphonse Allais avait raison : on construisait bien les villes à la campagne, et au milieu des champs de betterave. L’actuel directeur de la grande école avait neuf ans[3]. Quarante ans, ce n’est pas si lointain. Quarante ans, c’est demain.

Technicité, humanité, inventivité

En matière de construction, le diable se niche aussi dans le général.

L’ECOTEC n’a pas d’autre ambitions que de développer chez ses étudiants ces trois instances d’une saine personnalité afin qu’elles puissent, au travers des entreprises, servir au bénéfice des citoyens. Et, puisque nous avons ici parler de sciences et d’enseignement (c’est, ce devrait être tout un), petit clin d’œil aux neurosciences. Technicité, humanité, inventivité : en cette laïque trinité, l’Ecotec, modestement, mais dans toute sa mesure, songe à l’économie cognitive de ses étudiants. En appliquant cette devise, chacun de la sorte participe à l’harmonie de la société, de son habitat, de ses habitants après avoir auparavant en soi équilibré cerveau gauche et cerveau droit.

Hubert de Champris

[1] Robin Rivaton, L’Opinion ; cf. Robin Rivaton, La France est prête, Les Belles Lettres.

[2] Cf. interview de l’architecte Nicolas Michelin, « Baisser les prix des logements suppose d’inventer une nouvelle économie immobilière », Les Echos, 12 février 2015.

[3] Jean-Michel Blanquer, L’Ecole de la vie, Odile Jacob.

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