La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Jubilés d’août »

Le bonheur d'exister

Salah Michel Bouraad, Le Bonheur d’exister, éditions du Jubilé, 140 p., 12 €

A Lourdes Dieu touche la terre

François-Bernard Michel, A Lourdes, Dieu touche terre, Bayard, 157 p., 16 €

Une jaquette des plus quelconques, un titre de tête de gondole pour rayon ‘‘culture’’ de votre centre Leclerc préféré et bien fait pour se gondoler, sans parler du sous-titre («Feuille de route pour le bonheur terrestre»), le dernier livre en date de Salah Bourraad, dirigeant de filiales de France Telecom au Proche-orient aurait-il donc tout pour déplaire ? Mais, voyons, on nous parle ici de ‘‘bonheur’’, pas de plaisir, on vous parle ici de la mise en pratique de l’Evangile comme voie unique du bonheur terrestre, antichambre de l’éternité, pas de l’éphémère des plaisirs qui jamais ne comble. Et, très vite, le livre, de supporté devient supportable qui vous fera oublier votre portable car le mot « amour », vous, lecteur, lectrice, sentirez bien que l’auteur ne l’a pas qu’à la bouche, que sa plume sans apprêt diffuse le sang d’un engagement à vie, concret et constant qui sait se débarrasser des mises en scène (et des Cènes tartufféennes) qui parfois l’accompagnent. Salah Bouraad est notre discret Robert Hossein du monde des affaires ; il a été touché par la grâce à l’adolescence et ne cesse depuis de la partager. Il cite Jacques Dherse, un ancien directeur de la Banque mondiale, qui, retraité, vit avec son épouse dans un HLM. Robert Hossein, lui encore, disait que, pour devenir un saint, il n’y avait pas besoin de partir au bout du monde, il suffisait de traverser la rue, là où gît le clochard. Salah nous l’explique : aime et aide à proximité, là, là d’abord, et en  premier lieu ton prochain. Le bonheur est dans le ‘‘près’’.

Ce bonheur terrestre sous-titré par Salah Bouraad et dont il nous montre la divine origine, voici que le professeur de médecine François-Bernard Michel, ancien président d’une instance scientifique de validation du caractère inexpliquable en l’état de la science de certaines guérisons physiques survenues à Lourdes (le CMIL pour les initiés), déplore qu’on ait insisté sur le fait que la Vierge Marie l’aurait proclamé impossible. Le professeur François-Bernard Michel a bien raison parce que Marie n’a jamais dit cela, qui résulte d’une mauvaise (et très significative de l’époque) traduction du patois. Elle n’a pas dit qu’elle ne promettait pas le bonheur sur terre, mais que le bonheur qu’elle promettait au Ciel était d’une tout autre nature que le bonheur que l’on pouvait connaître ici-bas. On pourra avoir envie de parfaire certaines explications sur le rôle de cet hélicoptère comme dirait ma concierge qui vous troue l’estomac, sur la fausse dualité entre le corps et l’esprit, sur le nombre de miracles qui sont en effet beaucoup plus nombreux que ceux canoniquement répertoriés, mais au premier chef pour la raison suivante qu’omet de relever cet humble ponte  : bien des guérisons avérées, à l’origine possiblement et scientifiquement humaines, ne sont advenues qu’à la condition sine qua non d’une grâce surnaturelle. A l’image du livre précédent, celui de François-Michel est inspiré. Inspiré parce qu’incarné, notre professeur, qui se qualifie lui-même et sans doute à juste titre d’hypersensible, faisant montre en conséquence d’une pénétrante compréhension de l’essence du mystère chrétien.

Hubert de Champris

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