La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « L’abbaye de Clairvaux retourne-t-elle à sa lumière d’origine ? »

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La grotte Chauvet avait en le don de nous rassurer : pour peu qu’on les laisse tranquilles, et dans leur univers bien resserrées, les choses subsistent telles qu’en elle-même l’éternité souhaite semble-t-il les contempler. Clairvaux ainsi renaît ; mais quel est l’ensemble qu’il nous est donné de découvrir, ou de redécouvrir ? On dit fêter les neuf cents ans de cette abbaye cistercienne. Mais il y eut plusieurs Clairvaux, presque autant que les neuf siècles qui nous séparent de son embryon.

Clairvaux est d’abord le fruit d’un succès : celui de l’abbaye de Cîteaux fondée par l’abbé de Molesme (à ne pas confondre avec son quasi-homonyme), Robert de son prénom. Période de haute eaux spirituelles, le nombre d’aspirants à une vie régulière fut tel qu’on en vint à émigrer . Clairvaux est une affaire de famille. Le futur Saint Bernard (de Clairvaux), l’abbé de Fontaine, accompagné d’une partie de sa proche parentèle proche et de quelques compagnons décida donc d’installer quelques cabanes et une chapelle en bois dans un vallon marécageux, au sud-est de Troyes. On défricha, on cultiva, on démolit ; on reconstruisit. La compagnie s’agrandit, le site s’assainit. On avait fait vœux de vivre en autarcie, de ne rien vendre. On peut donc baliser une première phase, de 1115 à 1135, soit Clairvaux I, ou le Vieux monastère. Il n’en demeure que les traces au sol. Mais, de même que Clairvaux est fille de Cîteaux, les abbayes de Trois-Fontaines (1118), de Fontenay (1119) et de Foigny (1121) sont filles de Clairvaux. Sa renommée est fameuse comme dirait ma concierge puisqu’on y signale la passage du pape Innocent II en 1131 tandis que, moins de quinze ans après, Bernardo Paganelli di Montemagno, qui avait moine à Clairvaux, est élu pape sous le nom d’Eugène III. A la mort de Bernard, en 1153, l’abbaye dénombre cent soixante sept monastères affiliés. Ce dernier verra la construction, en plusieurs phases, d’un nouveau monastère financée par le comte de Champagne et le roi d’Angleterre. Frêle, érudit, hyperactif, vite canonisé, Bernard sera donc le vecteur d’un formidable développement économique (« Partout où le vent vente, Clairvaux a rente » disait-on alors sur le plateau de Langres) et culturel. En 1250, 339 ‘‘filles’’ de Clairvaux sont recensées sur les 651 abbayes cisterciennes d’Europe. Notre époque peut en prendre du poil de la graine. Au douzième et treizième siècles, ainsi que le rappelaient nos bons médiévistes, la France s’est bien vue revêtue d’un ‘‘blanc manteau d’églises’’. On a en effet tort d’imaginer sombre, gris, sale et violent, cet âge qui « moyen » que chronologiquement. Il faut vous représenter – et en cela le numérique a du bon qui permet aux visiteurs non plus d’imaginer mais de se représenter objectivement ce que furent les successives édifications qui ont composé et, en partie(s) composent encore ce vaste ensemble – la vie dense, pieuse, travailleuse et ô combien conservatrice et créatrice qui occupa cette deuxième phase. Bibliothèques, hostelleries, écuries… et une règle au respect aléatoire puisque l’on dut réintroduire au début du XVIIème siècle le silence, l’abstinence et le travail manuel.

Clairvaux III couvre le XVIIIème  jusqu’à la Révolution. L’inaugurent la démolition de l’abbaye médiévale dont l’abbé Bouchu ne conserve que le bâtiment des frères convers et l’église. A la fin du XVIIème, quarante moines et vingt convers officiaient à Clairvaux. A la Révolution, ils ne sont plus respectivement que vingt six et dix. Devenu « bien national », l’abbaye est alors vendu à Pierre Cauzon, puis à Pierre Rousseau qui en feront le siège et le site d’une papeterie et d’une verrerie.

L’Empereur fera de Clairvaux un vaste établissement pénitenciaire. C’est, jusqu’en 1970, ce qu’on peut appeler l’Âge de fer de Clairvaux. D’abord dépôt de mendicité, l’église médiévale est totalement détruite (il n’en subsiste de nos jours que le transept sud, qui porte encore la cloche des mâtines), le vieux monastère itou, et on le remplace par des logements pour les gardiens de la prison. Dès Louis dix huîtres, le bâtiment des convers abrite le secteur des femmes. Au Grand cloître est installé la prison principale avec ses salles de discipline et ses cachots au rez-de-chaussée, ses cellules dans les étages et ses ateliers sous les combles. Le réfectoire des moines devient une chapelle où mille cinq cents détenus peuvent tenir debout.

Victor Hugo a résumé ces siècles d’enfer : « Clairvaux, abbaye dont on a fait une bastille, cellule dont on a fait un cabanon, autel dont on a fait un pilori. »

La décennie 1971-1981 marque une période de latence. A l’endroit de la première église médiévale est construit une centrale pénitentiaire. Nous nous en souvenons, car elle fut le théâtre d’une prise d’otages qui, par la suite, occupa les morpho-psychologues. Les prisonniers de longue de peine, Buffet, mais surtout ( ?) Bontemps, en raison d’une tentative d’évasion tournant au vinaigre, prirent un jour en otage l’infirmière et l’égorgèrent. Bontemps avait paraît-il le physique de l’emploi et sa mine, comme il se doit patibulaire, n’étonna point le science. Au reste, lui avait mis la main à la pâte, ce qui n’était pas le cas de Buffet qui n’était que son complice. Ils avaient pourtant été condamnés à la même peine, ce qui choqua nos morpho-psychologues. A moins que les faits soient un peu différents : c’était au contraire celui qui n’avait pas la tête de l’emploi qui avait commis l’acte principal alors que son comparse (dont la responsabilité semblait moindre) avait été tout autant condamné. (Mais, ô bon lecteur, si la curiosité vous y incite, vous n’aurez n’est-ce pas aucune difficulté à établir de ce pas – pardon : de ce clic – la vérité des faits, internet oblige…)

Pendant ce temps-là, les bâtiments historiques commençaient à péricliter. C’est cette magnifique opération de restauration qu’il nous est donné, en ces 900 ans de l’abbaye, de découvrir sous bien auspices,- et des hospices ajouterait ma concierge qui sait que, depuis lors, le bâtiment des convers a été restauré, de même que l’Hostellerie des Dames et le Réfectoire des moines. La marque préférée de champagne du Général – dont la Boisserie n’est pas loin – figure parmi les mécènes. On a dit Drappier (et son 100% pinot noir), mais on taira les autres sponsors…pardon…parrains, soutiens, souteneurs, partenaires ou contributeurs… qui sont moins gouleyants.

Maintenant, il vous reste à vous plonger dans les livres d’Histoire religieuse, à prendre votre temps pour, aidé de belles maquettes numériques (www.archives-aube.fr rubrique Recherche, sous-rubrique Archives anciennes), organiser votre séjour sur place et remonter dans le temps.

La Banque Populaire, la Fondation Orange et les champagnes Fleury, avec d’autres, nous signalent qu’ils sont eux aussi de la partie. On ne les énumérera pas tous parce qu’on est pas payer pour ça. Au reste, on est pas payé du tout et ne nous rétribue que l’espérance qu’en ce clair val, se consolident vos prochaines et comme il se doit très bibliques connaissances.

Hubert de Champris

www.clairvaux-2015.fr

#clairvaux2015

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