La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Savoir ou prévoir »

La miraculeuse efficacité de la théorie quantique

Philippe Miné, Jean-Pierre Pharabob, La miraculeuse efficacité de la théorie quantique, Odile Jacob, 299 p., 23,90 €.

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Michel Turin, Le Bal des aveugles, Albin Michel, 16€

 Nous pouvons nous demander si l’homme de lettres – au sens de l’homme qui, comme Socrate, a l’orgueil de feindre l’humilité et la diplomatie de celui qui allègue son peu de culture – n’en vient pas éternellement au soir de sa vie au constat de l’irrémédiable césure entre la science et la prévision. Essayiste, journaliste généraliste sûrement dans le meilleur sens du terme, un certain Turpin a rassemblé dires et écrits d’économistes, banquiers, financiers et autres, patentés ou non, spécialistes de leurs spécialités comme qui dirait, familiers de la presse grand public et des plateaux de télévision qui, tous, à un moment ou à un autre, se sont mis le doigt dans l’œil.

Reconnaissons-le, les éditions Albin Michel sont coutumiers du fait,- nous dirions presque : du forfait. Car, en réalité, à l’instar de ces recueils de proverbes, de citations, de perles ou autres histoires plus ou moins drôles que l’édition pond chaque année, il n’est de nos jours pas très sorcier, muni d’un bon ordinateur, de commettre, comme on dit, semblable ouvrage. Albin Michel, donc, est friand de la chose, sachant qu’elle se vendra bien au rayon ‘‘livres’’ de Monoprix et que le journaliste politique ou économique, entre deux mots, entre deux thèmes, va choisir le moindre, le plus rapide et facile …à parcourir.

Madame Lagarde, Messieurs Piketty, Attali, Sapin, Roubini et on en passe et repasse sont des exemples de ces gens qui ne doutent de rien, parient sur le peu de mémoires des hommes et parlent non pour ne rien dire, mais, pour tout dire, – tout, mais pas nécessairement le contraire de tout. Ils ont leurs marottes c’est-à-dire leur idéologie, latente ou apparente, qui, en sous-mains, commandent leurs futuristes allégations. Celles-ci s’intègrent à une science qu’on qualifie aujourd’hui de ‘‘sociale’’, mais qu’on caractériserait plus justement en lui conservant son vocable de ‘‘science humaine’’, par opposition aux sciences dites exactes comme les mathématiques ou la physique, même si, justement, cette matière qu’est la macro-économie de plus en plus tend à devoir se nourrir de ces sciences dites aussi dures.

La lecture du petit livre de Turpin doit de la sorte se prolonger par ces questions :

1/ Pourquoi est-il de règle de se leurrer en matière de prévision économique ? Cette erreur de quasi-principe tient essentiellement au fait que non seulement l’analyse, mais, déjà, les seuls constats et diagnostics d’une situation présente donnée x ne relèvent pas d’une science exacte. Si on ne peut, même de droit, s’accorder sur la vision du présent, on comprend dès lors immédiatement que la prévision s’avérera encore plus pleine d’aléas.

2/ L’émetteur, c’est-à-dire celui qui formule le pronostic est-il en lien, c’est-à-dire en affinité pour ainsi dire vibratoire (en langage courant, mais parlant, nous dirions : sur la même fréquence) que le récepteur, ce dernier n’étant rien moins que l’infinité des données sur lequel doit s’élaborer la réflexion de l’économiste pronostiqueur ? Il est manifeste que la réponse ne peut en l’état (mécanique, linéaire, cartésien…en un mot : banalement (bêtement ?) humain) qui est le nôtre en cet actuel bas-monde qu’être négative.

Nul n’est en l’état de prétendre valablement prévoir, moins encore dire et prédire en matière de science très, trop humaine que demeure la science économique. Nous ajouterons en conséquence que ce sont dans les deux sens du terme que nos essayistes, économistes, prévisionnistes et autres prix, Nobel ou pas, épinglés dans ce Bal des aveugles ne se montrent à la hauteur dans leurs entreprises prédictives : ils ne savaient et (fatuité toute humaine aidant) ne savent toujours pas qu’il leur manque et leur manquera encore longtemps l’échelle leur permettant de se hisser, d’accéder à ce savoir.

Mais voici que les éditions Odile Jacob nous présente peut-être la première marche de l’échelle susdite. Et nous nous rendons compte à la seconde que, sans en avoir eu sur le moment conscience, en posant notre titre (Savoir ou prévoir), nous introduisions non seulement à ces deux ouvrages mais, qui plus est, au lien qui les unit.

Résumons : les éditions Albin Michel ne se sont pas beaucoup foulées comme on disait naguère en commandant et en éditant cet ouvrage. Au moins a-t-il le mérite de conforter le lecteur dans la piètre estime dans laquelle, en esprit distingué, il ne manquait déjà pas, en toute hypothèse, de tenir nos fieffées pythies. Les éditions Odile Jacob, quant à elles, quanticiste jusqu’à la moelle (ce que nous ne saurions en l’espèce leur reprocher) entonne ici un ‘‘cantique des quantiques’’ dont, à notre humble (mais pas nécessairement bon) sens, elles ont eu le bon goût (voire, aussi paradoxale que cela puisse paraître à première vue, la pédagogique vertu) de n’en pas faciliter la lecture des notes, c’est-à-dire (même si cela ne va pas à coup sûr mieux en le disant) les aériennes équations.

Nous savons que la physique quantique révèlerait ce que nous pourrions qualifier par l’expression d’insubstance et d’inconstance constantes de la matière, ce qui permettrait de trouver dans le panpsychisme et un certain bouddhisme leurs traductions philosophique et religieuse. L’atome est insaisissable jugeaient Bohr et Heisenberg. Tel le furet passe-t-il par ici qu’il ne repassera pas par là, ou, alors, au moment où vous n’y êtes pas, où n’y êtes plus. Toutefois, – et c’est peut-être en ce constat que se comprend et, par là-même, se justifie l’intitulé du livre -, les nanoparticules appréhendées par la théorie quantique, aussi retorses qu’une intelligence diaboliques puissent-elles être, s’avèrent d’une efficience – effi-science qui permet au chercheur de s’allier dans sa quête du vrai (domaine des sciences dites dures) et de la vérité (domaine des ‘‘spiritualités’’ et des sciences dites humaines) à une certaine forme d’intelligence divine. En d’autres termes, nous pourrions dire qu’en les comprenant, en les comprimant en elle, la théorie quantique, à l’instar d’un processus cancéreux maîtrisé, utilise et retourne la spiritualité (et la liberté) intrinsèque des particules intimes de la matière comme on le ferait d’un fin chien limier, comme des vecteurs de pénétration des lois immatérielles de quelque chose, comme dirait Etienne Klein, qui n’a plus de matière que le nom. L’homme connaissant alors en même temps vitesse et position, il peut voir et prévoir, dire, décrire et prédire. L’ordinateur quantique fouille et fouille vite, à la vitesse de la lumière.

En somme et dans l’absolu, la théorie quantique ici savamment plus que vulgairement entrouverte par les éditions Odile Jacob rendrait la vue à ces aveugles aux ridicules entrechats qu’exposaient à notre dédain les éditions Albin Michel.

Hubert de Champris

One thought on “La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Savoir ou prévoir »”

  1. berylbleu says:

    La physique quantique nous place droit devant l’ inexplicable .Cet inexplicable même ,que les regards éclairés avaient perçu derrière la moindre brindille d’herbe ou la plus simple des questions métaphysique.
    Des lors ,notre regard a pu réenchanter la vision du monde de la magie de la matière ,de la vie ,de l’amour…..et rendre à l’ humanité ses premiers étonnements !
    elle a donc réhabilité le « divin » comme conscience de la définitive non-explication de tout ce qui fait que les choses sont ce qu’elles sont .
    tout est devenu possible ,c ‘est à dire que nous sommes devenus tout petit ,si insignifiants que notre seule prétention ne devrait être que l’humilité ,celle ,bâtisseuse d’harmonie.

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