La chronique anachronique d’Hubert de Champris « De la musique avant toutes choses »  

Kikolaus Harnoncourt

Nikolaus Harnoncourt, Le discours musical – Pour une nouvelle conception de la musique, Tel/Gallimard, 300 p., 8,90 €.

Si vous vous ne vous contentez pas de ressentir, mais comprenez ce qu’Arthur Schopenhauer a bien voulu dire en soutenant que « Le monde est musique incarnée tout autant que volonté incarnée », si vous vibrez dans les cathédrales aux sons des chorales, si, la nuit, vos rêves ont l’étoffe des oratorios, si vous vous laissez guider par les accents de l’orgue qui dévorent l’entendement pour mêmement en sensibilité le former, alors avez-vous quelques chances de comprendre et d’approuver ce recueils de textes bien évidemment traduits de l’autrichien. Il n’est pas sûr, contrairement à ce que prétend le sous-titre que notre chef d’orchestre – qui est toujours et presque par définition un chef d’œuvres – ait voulu ici exprimer une ‘‘nouvelle conception de la musique’’ : plutôt livre-t-il au pas de charge (et – ceci ira presque de soi – dans un allemand mozartien, c’est-à-dire léger et enlevé, à moins que seul le traducteur détienne le mérite de cet enlèvement au bercail de notre culture) la quintessence de ce qui se joue lorsque nous accédons à l’entente et non à la seule écoute des musiques d’un occident qu’on aura pas l’inutile outrecuidance de rappeler qu’il est particulièrement en l’espèce l’Occident chrétien.

Une musique schopenhauerrement appréhendée, mais – notez-le – avec des accents (certains diraient : des relents) passablement nietzschéens, lorsque Harnoncourt écrit que « lorsque toutes les composantes d’une tendance artistique, d’un style d’époque concordent avec les qualités naturelles d’un peuple, ce peuple doit alors prendre la tête de la tendance artistique en question. »

Le romancier, l’essayiste, le scientifique (celui d’une science dite exacte comme celui d’icelle seulement un peu humaine) gagnerait à lire des contributions de ce genre : leur assimilation donneraient un peu (plus) de poids à leurs écrits, à leurs trouvailles. Pour le moment, ce discours musical s’avère trans-genres : ainsi s’applique-t-il aussi à la peinture, et, comme un bélier, pourrait permettre de nouvelles saillies au cœur et au corps de l’art contemporain. Car Harnoncourt pratique sans le savoir ce que nous appelons le nouveau structuralisme intelligent, qui agence infra et superstructures selon le primat de l’esprit.

De lui, retenons cette leçon : ‘‘nous savons aujourd’hui que la vieille thèse de la succession des différents arts est caduque, que chaque style trouve son expression simultanément dans tous les arts. Il ne peut d’ailleurs en être autrement, puisque tout art est l’expression immédiate de la situation spirituelle de son temps.’’

Hubert de Champris

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