La chronique anachronique d’Hubert de Champris

Philippe Bouvard, Bouvard de A à Z, Flammarion, 430 p., 19,90 €.

Voici un entrefilet cuisiné à la vapeur douce, ou à l’étouffée comme vous voudrez, trois mois sous la cocotte depuis le parcours de ce nouveau recueil des dernières bonnes saillies de l’ami Bouvard paru en septembre dernier.

On laissait reposer, le four ronronner, espérant que la viande dégorgerait tout son jus. Mais il y avait toujours un os : comment qualifier ces pensées ? A quel genre pouvait-on les rattacher ? La réponse, définitive, nous a été livrée ce dimanche[1].

Celui dont le critique dramatique Pierre Billard disait en privé « il n’est pas Gérard Philippe mais le problème, c’est qu’il ne le sait pas », celui-là même qui, très content de lui, venait de nous livrer des ‘‘mots d’auteur’’ de son cru de l’année ma foi de fort honorable millésime venait de nous mettre sur la voie. Francis Huster, pour ne pas le nommer, hésitait à se raccrocher à la veine de l’humour anglo-saxon tandis que Philippe Bouvard en son for cherchait à savoir s’il pouvait se retrouver dans la manière avec laquelle notre pseudo Gérard Philippe avait confectionné son ouvrage.

Car ce type de recueil ne s’écrit pas à point nommé ; il s’élabore au long cours d’une vie, d’un trottoir, d’un quai de gare (seuls les aéroports, pour allergie à l’avion, ne risquent guère d’abriter les saillies d’un Bouvard). On cueille le jeu de mots dans le mouvement du corps ; on le recueille, carnet sorti, juste le temps qu’il s’immobilise. Et cet incessant mouvement de la pensée ne vous lâche pour ainsi dire jamais toujours prêt à vous surprendre vous-même au débotté de ses incongruités qui n’ont, comme le savent tous les garnements, que le défaut de l’impertinence de leur pertinence.

Bouvard nous a dernièrement fait part de ses projets de bonnes œuvres.

On se permettra de parodier Talleyrand d’un « jamais dans sa paroisse ». Tout à fait entre nous, avec St Ferdinand des … quoi ? des ternes ça ne s’invente pas, on ne peut pas dire que l’aventure soit au coin de la rue. Non, franchement, si les mots ont un sens, quitte à me confier, à défaut de me confesser, je ne laisserais pas les choses au hasard, j’irais voir Zanotti-Sorkine parce que l’ ‘‘uniforme des hautes préoccupations’’ comme disait je ne sais plus qui, Bloy ou Bernanos, ne recouvrent pas toujours de hautes inspirations. Si j’ai trois francs six sous, je ne reviendrais pas à Valbonne, qui est quand même loin de la mer, mais vers l’idée du magazine que j’avais jadis lancé pour quelques brefs numéros et dont on ne me parle plus… Atouts ou un titre de ce genre, et continuerait de m’entourer de l’esprit des gens vaches qui rient de tout pour un rien, comme cela, gratuitement.

Car, pour toute vous dire, écoutant Huster, on venait en toute modestie de saisir ce qui faisait le sel de notre auteur : les anglais faisait de l’humour, Bouvard, mutin, de l’esprit, avec ce que celui-ci induit, cette distance, cette objectivité en regard de ce que l’on vise et de ce que l’on se plaît à paraître traiter par dessus la jambe. Et cette distinction, c’est Carlyle, ou Chesterton, qui l’avait magnifiquement exprimée : « L’esprit rit des choses, l’humour rit avec elles ».

Il reste à ses sujets quelques intenses et longues années pour décider s’ils daignent enfin être pris au sérieux, si, chemin faisant, leurs mérites inclinent le latin Bouvard à modifier son ph, à passer de l’acide à l’alcalin.

Hubert de Champris

[1] RTL, 28 décembre 2014.

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