La chronique anachronique d’Hubert de Champris

Labarrière Quand la politique tueDominique Labarrière, Quand la politique tue, La Table Ronde, 200 p., 16 €.

C’est un grand avantage de résider en bord de mer. On s’y abandonne au vent iodé qui vous inspire parfois si ce n’est la vérité, mais des idées. L’air de La Baule où vit l’auteur aura-t-il eu en l’espèce, celle des crimes de sang dont pâtissent en politique même des innocents, des vertus purificatrices, celles qui permettent de séparer le vrai du faux, l’incertain de l’avéré ? Passons sur les crimes anciens, Carnot, Jaurès, Doumer et Salengro, tous innocents et sur les mains pas de sang. Concentrons nous sur les cinq autres personnages politiques contemporains étudiés par Labarrière. Jean de Broglie était un fieffé lascar qui n’a touché à la politique que pour toucher des commissions. Michel Poniatowski, le ministre de l’Intérieur de l’époque, a lui aussi déshonoré la chose politique en organisant à la va-vite, quelques jours après l’assassinat de Broglie, un point-presse afin de noyer le poisson. Mais le goujon frétille à nouveau sous la plume du journaliste. Bérégovoy n’affichait pas de signes dépressifs soutient-on dans ce livre même si nous possédons malgré tout des témoignages manifestant que l’ancien Premier ministre se débattait auprès de certains journalistes, comme Claude Imbert au Point, pour faire entendre sa version des faits. Selon la formule consacrée, l’ancien technicien d’EDF se serait suicidé de deux coups de revolver et il est ici bien montré, sinon démontré que les circonstances de sa mort milite en faveur de l’hypothèse de l’assassinat. Le problème des convictions en matière de crime de sang politique, c’est que, justement, s’il y a conviction, celle-ci ne peut que trop souvent demeurer intime. Et l’intimité d’une conviction, si elle n’est pas par nature synonyme de fausseté, signifie toutefois et du même pas qu’il n’est guère possible de pleinement et rationnellement l’étayer. Conviction du suicide du conseiller et ancien confident de Mitterrand (il faudrait demander à chacun des enfants de François de Grossouvre ce qu’ils en pensent), conviction du meurtre, non de l’assassinat du valeureux Joseph Fontanet, tué au petit malheur la malchance, et en toute ignorance de son identité, par la ‘‘bande à Thérèse’’. (Mais l’auteur aurait malgré tout du enquêter plus avant du côté du laboratoire de balistique hollandais dont les conclusions, à elles seules, infirme cette thèse.) Conviction d’un mixte de suicide intentionnel et de meurtre pour l’ancien ministre du Travail de Giscard retrouvé sévèrement égratigné dans un étang de la forêt de Rambouillet un matin de novembre 1979 : la lettre faisant part de son intention de suicide, ainsi que d’autres révélant certains faits, ont été interceptées par les services, lesquels ont voulu le faire parler puis ont maquillé en ce suicide annoncée un interrogatoire trop poussé.

Nous devrions connaître le fin mot de l’histoire lorsque le pli déposé chez notaire par Jean Charbonnel et contenant l’identité des commanditaires aura terminé son purgatoire.

Hubert de Champris

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