« A propos de Jean Brun », par Boris Lejeune

Jean Brun

Jean Brun est un philosophe dont la pensée puise sa force dans les profondeurs de la sagesse antique en même temps que dans la clarté de la Révélation chrétienne. C’est un penseur qui, à l’époque de spécialisation qui est la nôtre, se distingue par une curiosité intellectuelle d’une ampleur devenue rare. Il est l’auteur d’une trentaine de livres. Il a écrit des ouvrages d’histoire de la philosophie, notamment deux anthologies : L’Europe philosophe : 25 siècles de pensée occidentale et Philosophie de l’Histoire : les promesses du temps. Plusieurs générations d’étudiants se sont familiarisées avec la pensée de Platon, d’Aristote, de Plotin, d’Empédocle, d’Héraclite ou avec la philosophie de Pascal, de Kierkegaard ou des stoïques en lisant les « Que-sais-je ? » qu’il avait consacrés à ces auteurs. Dans ses ouvrages sur la philosophie antique, il ne transforme pas les auteurs grecs en pièces d’un musée philosophique ; au contraire, bien qu’éloignées de nous par des millénaires, les controverses des présocratiques, d’Aristote et de Platon, de Socrate et des sophistes sont mises en  correspondance avec notre époque, et on en entend les échos retentir dans les amphithéâtres de nos villes d’aujourd’hui. La pensée de Jean Brun est vivante, elle n’a pas cet aspect terne des travaux officiels, académiques. Jean Brun est un philosophe du Sens, auquel le scepticisme du modernisme est étranger. L’horizon de ses intérêts est vaste. Il connaît non seulement la philosophie de l’Europe occidentale et celle de l’Orient, mais aussi celle de l’émigration russe du XXe siècle, de même que la culture russe dans son ensemble. Il aborde les questions que pose l’art dans de nombreux chapitres de ses livres. On lui doit notamment un ouvrage intitulé Essence et histoire de la musique (1999). La plume et le style de Jean Brun sont d’une clarté et d’une richesse étonnante, à des lieues du charabia pseudo-scientifique qui, le plus souvent, cache une mécompréhension du problème ou des visées idéologiques. Bien qu’il n’hésite pas à « arracher les masques » sous lesquels se dissimule l’antihumanisme moderne, le philosophe répugne à imposer au lecteur  un appareil philosophique ; c’est avec tact et délicatesse qu’il montre ce qui, pour lui, est le Vrai. Le philosophe s’approche avec une grande prudence des frontières qui séparent ce monde de la demeure du Sens fondamental. Ce domaine, il l’appelle Silence, Absence… Nous appartenons à une époque où la sophistique et la déformation de la vérité dominent. La philosophie s’est détournée de sa mission première d’amour de la sagesse. Or la sagesse est synonyme d’authenticité. L’orientation officielle dominante de la philosophie actuelle abandonne l’homme dans les ruines des valeurs premières après avoir déconstruit à coups de masse les concepts fondamentaux sur lesquels reposait la civilisation européenne, laquelle ne peut avoir d’autres assises. L’être et la transcendance, la beauté et le mal, la vertu et le vice, l’amour et la charité… : les gardiens de ces écritures avortées en ont fait une infâme bouillie pharisaïque. Tout l’effort de Jean Brun consiste à révéler l’erreur tragique de celui qui, se munissant de prothèses techniques, cède à la tentation de la fausse puissance. La promesse trompeuse « Vous serez comme des dieux » ne cesse de retentir dans les oreilles des hommes. La philosophie de Jean Brun n’en devrait pas moins laisser un goût d’amertume. Or, il n’en est rien : parce qu’il n’ignore pas quelles sont les racines réelles de notre être, parce qu’il donne à sentir la présence bienfaisante en notre monde de l’Arbre de vie, symbole de la création divine, il nous donne confiance et force.

Boris Lejeune

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