« Dans Service militaire, il y a… militaire. »

Sujet maintes fois abordé durant nos dernières élections, revenu à la mode chez certains depuis la vague d’attentats qu’a connue notre pays depuis 2015, il semble faire consensus dans la population française. De nombreux sondages tendent à montrer qu’une majorité de concitoyens souhaiterait le retour du service militaire, ou regretterait sa disparition. Pourtant, elle ne fait pas l’unanimité chez les jeunes et, car on a tendance à l’oublier, chez les militaires eux-mêmes, battant en brèche certains discours un peu faciles sur la volonté — supposée de l’Armée — d’asservir la jeunesse française. Alors certes, l’on a cherché à édulcorer la formule en essayant de mettre en place un service conforme à l’imaginaire des Français, qu’ils aient fait ou non leur service, et aux vertus qu’on peut lui prêter. Celles-ci résultent d’une « mémoire collective brouillée  » pour reprendre les mots de Bénédicte Chéron. Lorsque le Service national — et l’accent est mis sur cette dénomination — est évoqué pêle-mêle aux citoyens, ceux-ci évoquent le plus souvent le brassage social, la camaraderie, les bons souvenirs laissés par des supérieurs clichés du « sous-off éternel », et l’aspect « école de la vie » du service. Ce qui est laissé pour compte en revanche, c’est l’aspect militaire au-delà de la simple vie en caserne ou des bivouacs sur le terrain ; à savoir les finalités tactiques, opérationnelles et stratégiques permises par le service militaire. Il est plutôt légitime dans notre pays de considérer que l’Armée aurait un rôle social, de par notre histoire. Bénédicte Chéron rappelle encore la prégnance de l’image du citoyen-soldat dans l’esprit des Français depuis la période révolutionnaire. D’un point de vue opérationnel, on l’a bien vu en 1991 et la mise sur pied compliquée d’une division professionnelle, le recours à la figure de l’appelé (saigné durant la guerre d’Algérie ou plus tard pendant l’attentat du Drakkar en 1983) paraît pour le moins anachronique. En prenant en compte les nouveaux défis, notamment d’ordre économique qui s’imposent à l’Armée, on pourrait même trouver ce projet contre-productif.

Le service militaire répondait en effet à une vision stratégique, contre la menace allemande puis, durant la Guerre froide, contre l’hypothèse d’un affrontement avec l’URSS. Mais surtout, cela correspondait à un modèle d’armée, l’armée de conscription. On sait que de Gaulle déjà avant-guerre, dans Vers l’armée de métier mettait en exergue les problématiques que posaient ce modèle pour la défense d’un pays comme la France. Les régions industrielles hexagonales se trouvant en effet majoritairement aux frontières, le pays étant fragile dans le Nord de par l’absence de barrières naturelles interdisant l’accès à un ennemi manœuvrant depuis la Belgique ; une armée de conscription était en réalité compliquée à justifier à cause des délais nécessaires à la levée des troupes. On a souvent eu tendance à penser la défense du pré carré par la multiplication des fortifications, les ouvrages de Vauban, les débuts des forts de Gravelotte, évidemment la ligne Maginot ou plus au sud des forts comme celui de Sospel. Pourtant toutes ces protections — qui avaient leur intérêt — ont manqué de profondeur, il fallait donc une force mobile et manœuvrable. Ce n’est pas pour rien qu’une des plus belles campagnes de Napoléon, malgré une issue tragique, est la campagne de France où, en infériorité numérique, mais souple et agressif, il parvient à naviguer entre ses ennemis pour les mettre un à un en déroute. Alors aujourd’hui, même si la menace ne vient plus des frontières métropolitaines ; à une période où l’on a pris conscience que la sécurité de la France ne se cantonne pas à son simple territoire national, mais va au-delà — le général de Villiers parle de territoire sécuritaire —, avoir une armée avec une réelle capacité de projection est primordial. De Gaulle mettait également en avant la complexification de la pratique de la guerre et de l’usage de matériels de plus en plus pointus nécessitant des savoir-faire allant de pair. Ce qui implique des militaires avec une expertise, totalement dédiés pour leur carrière à l’armée. Ce savoir-faire est tellement important que l’Armée de Terre cherche à réengager les sous-officiers ayant quitté l’institution ou à reculer le départ à la retraite de certains cadres encore sous les drapeaux après avoir encouragé les départs pour des raisons budgétaires.

Mais on pourra dire que personne n’a pour projet de revenir sur la professionnalisation des armées, évidemment, que le projet bien que flou prévoit surtout une sensibilisation aux sujets relatifs aux Armées ainsi qu’un parcours civique, le tout sur une durée qui n’est pas encore clairement définie. L’encadrement serait assuré par des civils et des militaires. En somme, le côté militaire serait là pour un côté vintage, afin de se féliciter d’avoir essayé de souder la nation et de faire de chaque jeune un vrai citoyen, ce faisant on reconnaît que l’Armée devrait réussir en un mois ce que l’Éducation nationale aurait échoué à faire en plusieurs années. On peut comprendre la démarche, le treillis a la côte, l’Armée a bonne presse ; un Service national universel avec une petite touche kaki pour faire beau, à l’image de certains journalistes qui cassent la noirceur de leur costume par une écharpe rouge, avant de casser le sérieux d’une émission par un poirier frivole sur le plateau, ça fait classe. Ce service n’aurait pas donc pour projet de faire des jeunes Français des soldats, ou au moins des citoyens aptes au combat, mais quelle serait alors son utilité ? Que naguère, comme certains aiment à le rappeler, le service ait permis de rapprocher toutes les couches de la population soit, c’était sûrement un des effets, ensuite revendiqués, mais le principal objectif était de créer des militaires prêts à se battre. Si on n’enlève cette perspective, on n’enlève l’intérêt que pourraient éprouver des cadres à former des jeunes. Toute la chaîne de commandement, toutes les méthodes de formation du militaire tendent à un objectif : faire de l’individu une force pour le groupe et sur lequel celui-ci pourra compter en opération. Pour quelle raison un caporal irait se soucier des états d’âme d’un jeune homme qui n’est là que pour un mois et avec qui il ne fera pas de mission ? De même, pourquoi un sergent se soucierait des problèmes de discipline d’un individu qu’il ne reverra plus très vite tout en sachant qu’aucune autre unité ne viendra lui en tenir rigueur pour la simple et bonne raison que la personne sera retournée dans le civil ? Le chef d’équipe, comme le chef de groupe, ou le chef de section sont soucieux de l’encadrement de celles et ceux qu’ils ont sous leur commandement, car il y a une finalité opérationnelle derrière, car ils doivent être sûrs qu’untel ne se tirera pas une balle dans les toilettes, qu’un tel autre appliquera fidèlement les ordres au combat. Il n’y a pas comme certains le pensent un état d’esprit permanent du militaire, voué éternellement à inculquer les valeurs de la vie à coup de rangers dans le nez. C’est un mythe, et il suffit de voir un militaire dans le civil pour s’en rendre compte. Bien sûr on peut dire que le militaire est soumis au politique — ce qui est vrai —, qu’il fera ce que la puissance publique exigera de lui. Erreur. Au vu de l’état des armées, avec des hommes qui passent jusqu’à 240 jours par an hors de leur caserne, ce qui joue sur le maintien en condition et l’entraînement (car non patrouiller deux mois à Gare de l’Est n’est pas un entraînement), avec un taux de dénonciation de contrat de 28 % et 62 % de militaires qui songent à quitter l’armée , il faudrait éviter de tirer sur la corde. Un militaire ne se met certes pas en grève, mais il peut se mettre en « arrêt maladie ».

Malgré l’idée un retour du Service national qui pourrait être préjudiciable et porter un coup au capital sympathie des Armées, car le mariage forcé n’est jamais une bonne solution, une part considérable de la jeunesse française veut servir le pays. C’est ce que souligne le commandant Levasseur dans un article pour le Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement (CDEC) . Elle met en avant que chaque année, 300 000 jeunes de moins de 25 ans postulent pour s’engager dans « un service civique ou un métier de la défense et de la sécurité ». Or, seulement un quart de ces jeunes parvient à obtenir satisfaction ce qui risque de distendre le lien armée-nation. On pourrait alors rétorquer que le Service, avec une composante civique et une militaire, parviendrait à combler ce manque. C’est peut-être vrai, mais en partie. En réalité, dans une configuration avec un encadrement géré par des militaires d’active, on pourrait à assister à l’effet inverse, et un dégoût de chaque partie. La raison est simple : allez mettre un sous-officier qui a le BSTAT, un technicien de l’armée compétent face à ce qu’il faut appeler un « je sais tout je vais à la fac ». L’alchimie ne prendra pas puisque la relation sera biaisée dès le début, avec un apprenant qui se pensera au-dessus de celui qui est censé être son supérieur. Vous allez recréer une lutte des classes, avec le petit étudiant persuadé de tout connaître au monde qui pourra vous toiser des caporaux, caporaux-chefs, sergents issus du rang provenant des classes populaires avec une grande fierté parce que ce sont des bidasses et qu’un bidasse c’est con. Enfin il paraît. Non, il ne sera pas possible de les « remettre dans le droit chemin », car comme l’avait bien dit le général et ancien CEMAT, Irastorza, nous sommes dans une société hyperjudiciarisée et ça se retournerait contre le militaire. Demander à un militaire de venir se faire mépriser pendant les vacances alors même qu’il passe deux tiers de l’année loin de sa famille, il y a peut-être mieux à faire.

Cependant, les réservistes seraient plus aptes à cette mission, et même être bons. La diversité des profils qu’offrirait l’encadrement peut être intéressante tout en offrant un intermédiaire entre le civil et le militaire. Dans la réserve (je parlerai ici de la réserve opérationnelle de l’Armée de Terre) on peut trouver des étudiants en master, en licence, des doctorants, mais aussi des ouvriers, des employés de banque ou plus généralement du tertiaire, mais aussi des militaires ayant arrêté l’active sans pouvoir se résoudre à mettre le treillis au placard : en somme la diversité de la société française gommée le temps de mettre l’uniforme pour faire un seul corps. La rencontre peut être ainsi plus aisée. Si cette volonté d’un service militaire — ou en partie — se concrétise, il paraît primordial de le confier essentiellement à la réserve, il pourrait grâce à cela devenir non plus une contrainte pour les Armées dont la seule marge de manœuvre serait d’avoir plus de budget pour remplir cette nouvelle mission. Pour devenir réserviste, il fallait suivre une Formation Militaire Initiale du Réserviste, désormais il faut passer une Préparation Militaire de Réserve. Qu’est-ce que cela change ? La première prévoyait une signature du contrat avant la formation, ce qui permettait à l’engagé réserviste, dès sa formation initiale de deux semaines d’être rémunéré. C’était cohérent pour une époque où la réserve attirait peu hormis pour les compléments individuels, c’est à dire des réservistes détachés auprès de militaires d’active, par exemple en chancellerie. Le principal défaut de ce fonctionnement était que certains effectuaient cette formation, généralement pendant les vacances scolaires, et ressortaient ainsi avec une petite paye, mais ne revenaient plus. La nouvelle formule prévoit une formation semblable, mais découpée en deux. La première partie, la plus grosse inclut les rudiments de la vie militaire, apprentissages des règles de sécurité, PSC1, sport, cours sur l’organisation de l’armée, etc. Cette phase est suivie d’une signature de contrat, qui fait de l’individu un militaire qui lui ouvre la deuxième phase, la plus petite. Et à ce titre il peut enfin manier l’arme et tirer avec, mais aussi être payé pour les quelques petits jours qui restent. Le but ici n’est pas de prétendre proposer un modèle, bien évidemment, néanmoins il pourrait être intéressant d’imaginer une semblable formation avec un contrat de réserve à l’issue du service. On pourrait avancer des problèmes budgétaires, mais le commandant Levasseur montre que bien que plus attrayante pour ses citoyens que son équivalente britannique, la réserve de l’Armée de Terre française bénéficie d’un budget 7 fois moindre. Soit 250 000 000 d’euros contre 35 000 000, du moins en 2014. De plus, seuls les militaires qui répondent à leurs convocations dans la réserve sont payés, quand ils viennent. La réserve n’est pas très gourmande, il faut des treillis, elle se satisfait de vieux Famas inf. Mais en réalité l’apport de soldats issus d’un service pourrait être bénéfique dans la mesure où pour la réserve la quantité peut signifier la qualité. Beaucoup d’exercices, de formations sont sujets à la loi du nombre, il est parfois compliqué de maintenir une présence importante à chaque convocation de personnes qui ont une vie dans le civil, les exercices sont plus compliqués à mettre en place, il faut parfois revoir les ambitions à la baisse parce qu’il n’y a pas assez de monde qui est disponible. Il est compliqué d’apprendre à manœuvrer en compagnie lorsqu’il y a à peine assez de personnels pour faire une seule section et que la force adverse se limite à un demi-groupe de combat. Ainsi, en faisant signer cette jeunesse issue du Service national que les militaires auront eu à cœur de bien encadrer pour les voir venir les renforcer, et malgré le roulement inhérent à la vie civile de ces militaires, il serait possible de maintenir une présence assez importante pour permettre à la réserve de se perfectionner. Pour faire simple, le SNU doit avoir une réelle valeur ajoutée stratégiquement, et la réserve peut lui donner cette dimension. Par exemple pourquoi ensuite ne pas mettre à disposition les savoir-faire de cette jeunesse au profit des Armées ? C’est mis en place pour certains types d’ingénieurs ou spécialistes informatiques notamment, mais cela peut s’élargir et ainsi profiter à ces personnes une fois retournées dans le civil. En outre, le principal horizon opérationnel du réserviste, c’est Sentinelle. Laissons au colonel Goya et à Élie Tenenbaum les critiques sur l’intérêt de cette mission, usante pour les hommes souvent, risquée pour leur vie parfois. Cette mission, malgré les critiques, est soutenue par les Français, qu’on le regrette ou non. Même s’il a été prévu d’alléger les effectifs et de changer le fonctionnement des patrouilles, la mission est sans doute faite pour durer, car peu de responsables politiques se risqueraient à la supprimer avec le risque qu’un nouvel attentat ne se produise dans la foulée, ce qui vaudrait à ce responsable d’être traité de laxiste. Ceci dit, il faut souligner que lorsqu’on en est à espérer une intervention d’une patrouille qui passerait par là pile-poil au bon moment, c’est que le passage à l’acte est déjà bien enclenché, que le terroriste à réussi à déjouer la surveillance, et donc que peu importe le nombre de victimes à venir, c’est pour lui une réussite. Malgré le sang-froid et le professionnalisme du Légionnaire de la gare Saint-Charles neutralisant l’assassin de deux jeunes femmes avant qu’il ne tue d’autres personnes, qui pourrait prétendre que ce fut une « réussite » pour les forces de sécurité françaises ? S’il s’agit d’une opération de communication, visant à rassurer la population, elle mobilise tout de même presque une brigade. Comme cela a été dit, patrouiller n’est pas comparable à l’entraînement et la mission est éprouvante pour les militaires qui l’effectuent parfois plusieurs fois par an. Dans une logique de montée en puissance de la réserve grâce à l’apport du SNU, il serait possible de remplacer les militaires d’active par des réservistes. Pour ceux-ci, la mission Sentinelle s’effectue selon leurs disponibilités, ils peuvent faire deux semaines comme deux mois. Certains font deux semaines le premier mois, trois le mois suivant. Avec des effectifs supplémentaires, il serait ainsi possible de libérer des militaires d’actives — qui eux ne rentrent pas chez eux — pour qu’ils puissent maintenir un haut niveau d’entraînement et assurer leur bien-être et leur force morale avec une certaine stabilité et une vie de famille complète avant un départ en OPEX. L’idéal serait que les réservistes finissent par être majoritaires sur cette mission (tout en offrant d’autres perspectives comme l’aide durant les sinistres) et dont les officiers puissent également composer en majorité les États-majors tactiques dans les villes où ils interviennent. Pensé dans une stratégie plus globale et comme devant être profitable pour les Armées, un service militaire couplé à un contrat de réserve pourrait apporter une réelle plus-value à nos forces.

Mais tout cela ne pourra se faire sans une remise en question de la société française, car si ce retour d’un service national, quelle que soit sa forme, marche auprès de la population, c’est avant tout depuis les attentats que notre pays a connus. Depuis quelques années, nous avons déclaré la guerre au terrorisme — comme si pouvait déclarer la guerre à un mode opératoire — et on a militarisé une question qui sur notre sol, aurait pu être laissée à la police. On peut estimer que les citoyens, pris pour cibles en France au même titre que les militaires à l’étranger et par le même ennemi, aient un devoir de contribuer à la Défense, en y allant de leur propre personne. Seulement, avant d’exiger d’un civil la capacité de défendre militairement son pays. Il faut d’abord que les Armées soient en pleine possession de ses moyens que soit fait un travail de résilience à l’échelle de la société. C’est-à-dire être capable d’endurer cette menace, notamment lorsqu’elle finit par se réaliser dans le sang. On a déclaré la guerre au terrorisme, certes, mais ça reste une guerre « zéro mort ». On l’a vu en Afghanistan, surtout après l’embuscade d’Uzbeen en 2008, la mort de soldats a été presque traumatique, non pas pour les militaires qui voulaient continuer la mission, mais pour les civils. Pourtant, comme l’a souligné le docteur Mielcarek, la couverture médiatique avait été généralement à l’avantage des militaires tout en mettant en avant la dureté réelle du conflit. L’Afghanistan ce fut 90 morts en une décennie, la guerre d’Indochine, le double… par semaine, ce qui n’a pas empêché notre société d’être durablement marquée par ce conflit. Alors avant de faire des déclarations sur un Service national universel avec une composante militaire, il faut aller plus loin que les anecdotes racontées par nos anciens ; si service militaire il y a, il doit l’être sérieusement pensé comme un réel appui aux Armées avec ce que cela implique. Ce que cela implique ? Pour certains qui appellent de leurs vœux son retour, ils doivent avoir conscience que, comme pour n’importe quel militaire, un civil qui aura revêtu son treillis pour patrouiller et veiller sur ses concitoyens dans les rues, pourra à n’importe quel moment être pris pour cible. Comme n’importe quel militaire.

 Loïc Respriget

Bénédicte CHÉRON, « LE DÉBAT SUR LE SERVICE NATIONAL UNIVERSEL : ENTRE VOLONTARISME POLITIQUE ET REPRÉSENTATIONS COLLECTIVES BROUILLÉES », IRSEM, 2018.

62% des militaires de carrière envisagent de quitter l’armée


https://www.penseemiliterre.fr/jeunesse-et-resilience-nationale_131_1013077.html

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